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 Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]

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Aiden Tyback
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MessageSujet: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Dim 12 Oct - 12:12

Les coups de bâtons redoublèrent d'intensité, et Aiden sentit soudain une de ses côtes se céder aux assauts furieux, ce qui lui arracha un cri de douleur presque honteux. Il s'était promis que pour une fois, au nom de ce qui lui restait de dignité, il ne hurlerait pas pour ses tortionnaires. Mais ils avaient apparemment gagné une fois de plus... Retombant sur le sol de pierre lourdement, il gémit alors que sa côte cassée touchait la dure dalle sur laquelle il se tenait. Le bilan était plutôt sordide.


Puis Aiden fut saisi d'effroi. Une botte à la semelle ferrée s'appuya contre sa jambe, de plus en plus fort. Alors que la pression augmentait, il relâcha un cri inhumain, entendant et surtout sentant son os craquer sous la botte, produisant un son sinistre et caractéristique. Crac. Les larmes commencèrent à rouler le long des joues tuméfiées de la victime. Cela mettrait du temps à se réparer, et surtout dans les conditions actuelles. Sa jambe n'était plus que ruine, et son thorax également.


Le tortionnaire releva alors sa tête en le tirant par les cheveux. De son haleine fétide, il gratifia alors Aiden de quelques paroles, ce qui était rare en ces jours de douleur:


"J'y ai pas été trop fort, tu vois? On est pas que des chiens, p'tit gars! Haha! On te fait le traitement spécial, celui qu'on appelle le traitement longue durée. T'as pas encore fini ton séjour ici, sous-homme."


Il relâcha la tête du prisonnier, qui la laissa tomber sur le sol dur, atterrissant sur sa joue bleuie. Dans un chuchotement à peine audible, il essaya de s'adresser à l'homme qui le battait. Ce dernier rapprocha alors son oreille et dit:


"Quoi? J'ai rien entendu, parle plus fort, vermine!"


Aiden prit alors une grande inspiration, puis dit:


"Pitié... Tuez... Moi..."


L'homme en position dominante fit en sort que plus grande encore soit la pression sur la jambe cassée d'Aiden, ce qui lui arracha un nouveau cri, presque chancelant à présent, car ses forces diminuaient.


"Pas encore assez mûr, p'tit gars. Quand t'auras souffert assez, le grand Nékèpech t'accordera peut être la clémence de ton suicide. Mais pour l'heure, t'es à moi, jusqu'à ce que ton désespoir atteigne le point zéro! Hahaha! Où que tu ailles, la Douleur te suivra... Mais tu n'iras pas loin, je le crains."

________________________________________________________________


Aiden trébucha en essayant d'accélérer le pas. Il jura entre ses dents, s'appuyant contre un arbre. Sa jambe était en piteuse état, mâchouillée par l'un des serviteurs de Saphomoth. Dans la tête du chasseur, il y avait un mélange de fierté et d'effroi. Oui, il avait tenu. Oui, il s'était battu contre son propre cauchemar. Il y avait une certaine dignité à y trouver, la sienne s'étant auparavant perdue dans le sable de son existence passée. Peut être l'avait-il finalement retrouvée.
Et d'un autre côté, il y avait son effroi. Une terreur sans nom qui l'avait assailli à force de repenser à tout ce qu'il s'était passé; le schéma se répétait, inlassablement. La Douleur le poursuivait. Le fatalisme de ce cycle de souffrance le rendait de plus en plus désespéré. Seule une lueur d'espoir animait encore son coeur. Mais celle-ci était si loin à présent...

Il continuait d'avancer, sous le couvert des arbres. Il sentait pourtant une présence près de lui. Ce n'était pas Vigile, qui faisait des ronds au-dessus des arbres pour surveiller la zone. Qu'est-ce que cela pouvait être? Devenait-il parano? Car si l'aigle ne le prévenait pas, c'était qu'il n'y avait aucun problème. Mais comment en être sûr?

Il arrivait en vue de sa masure. Il en était à un cinquantaine de mètres. Plus que quelques douloureux pas, et il pourrait rentrer chez lui et espérer que ses plaies au dos et à sa jambe se refermeraient vite et bien. Comme la plupart de celles qui lugubrement ornaient le reste de son corps meurtri. Cependant, la présence était toujours là, il le sentait au fond de ses tripes. Paranoïa ou réalité? Il ne le saurait que lorsqu'il la verrait...

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Fawn
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Sam 10 Jan - 2:33

Sang et douleur. Combat. Blessure. Une odeur familière, une odeur aimée et agréable, entachée par la senteur répugnante de la souffrance. La biche relève la tête et se concentre. Se concentre sur l'odeur et sur son origine. Le vent l'aide. Le vent souffle depuis l'odeur et la porte jusqu'à elle. Mais elle ne comprend pas, pas encore. Il lui faut se rapprocher, mieux sentir, identifier, et aider ou fuir. A voir sur place. Alors la biche commence sa course. Elle se propulse en avant de toute la force de ses membres. Tirée par une force invisible. Un instinct plus profond que son instinct. Elle ne sait pas d'où la force vient. Ne se pose pas la question. Elle court. Elle n'arrive pas à identifier. Elle ne comprend toujours pas. Mais elle sent que c'est quelque-chose d'horrible. Elle sent que l'odeur familière ne devrait pas être mêlée à l'odeur de sang. Elle sait qu'il faut qu'elle avance, toujours plus loin, qu'elle parvienne à lui, qu'elle l'aide, qu'elle...

AIDEN !

Fawn s'arrêta net dans sa course folle. Le cri avait retentit dans son âme, puissant et vibrant, la ramenant immédiatement à sa conscience. Elle avait reconnu l'odeur, et savait à présent que l'être blessé qu'elle sentait non loin n'était autre que le chasseur qu'elle avait rencontré à peine une poignée de jours plus tôt. Ce qu'elle ne savait pas, en revanche, c'est pourquoi elle avait réagi si violemment, au point de quitter son état de bête pour reprendre une conscience humaine. Un esprit humain toujours dans un corps de biche. C'était assez rare pour elle, et le plus important à cet instant était de ne pas perdre le contrôle: il fallait qu'elle reste dans sa forme animale si elle voulait se rapprocher du chasseur au plus vite, mais rester pleinement consciente de ses actes.

Alors elle reprit sa course, luttant pour ne pas se laisser emporter, luttant contre elle-même. L'instinct animal lui disait de fuir cette situation potentiellement dangereuse, et sa part humaine se révoltait de cette odeur de sang qu'elle sentait plus violemment dans cette forme et qui lui retournait l'estomac. Mais elle lutta de toutes ses forces, sachant qu'elle devait l'aider. Elle devait le sauver. Il lui était impossible de savoir s'il était seul ou non, et il était possible qu'il soit attaqué en cet instant même et qu'elle ne puisse rien pour l'aider, voire qu'elle finisse blessée elle-même, mais...

Mais si elle le perdait, tout était fini. Elle en prit conscience soudainement, et son coeur eut un raté qui failli la faire trébucher dans la forêt profonde qu'elle survolait presque tant elle courrait vite. Elle ne savait pas pourquoi cet homme à peine rencontré avait tant d'importance, mais c'était le cas. Elle continua de courir, sachant à présent qu'elle avait l'esprit plus clair que jamais. Qu'elle était plus humaine que jamais.

Elle vit l'aigle avant de voir l'homme. Il survolait la forêt, volant assez bas pour observer les environs. Il vérifiait probablement qu'aucun nouveau danger ne guettait son maître. Vigile... Il portait bien son nom. Elle croisa son regard un instant; il l'avait sans doute repéré avant qu'elle-même ne le voie, mais il ne poussa pas un cri, ne redescendit pas vers Aiden. Il se contenta de l'observer, une seconde à peine, puis il détourna le regard et reprit sa ronde. Fawn eut l'impression d'une sorte d'entente entre elle et lui; il acceptait sa présence, comprenant, peut-être, qu'elle pouvait les aider. Alors elle continua.

Elle finit par arriver en vue d'Aiden. Il semblait définitivement mal en point; il peinait à avancer, et du sang tachait ses vêtements. En plus de sa propre odeur et de celle du sang et de la douleur, elle sentait quelque-chose d'autre, quelque-chose d'à la fois vivant et... Putréfié. Les serviteurs du Tolväar. Il avait été attaqué par les Fugolls, ou par d'autres créatures venues du royaume sombre, elle en était persuadée. Elle avait, dans sa vie, soigné plus de maladies que de blessures, et ses compétences en chirurgie n'était pas très développées, mais elle pensait cependant être en mesure de prendre soin de lui. Il arrivait encore à se déplacer, ce qui signifiait qu'il était moins blessé qu'il n'en avait l'air au premier abord. La situation n'était pas désespérée.

Mais, plus que les blessures physiques, ce fut le regard d'Aiden qui marqua Fawn. Il paraissait terrifié, et semblait souffrir d'un mal profond et intense. Comment parvenait-il encore à avancer avec une telle terreur, un tel désespoir dans ses yeux plissés par la douleur ? Elle l'ignorait, mais elle savait une chose: plus qu'un chasseur, c'était un combattant, un guerrier, capable d'endurer le pire et d'encore se battre pour survivre.

Ne voulant pas l'effrayer, la guérisseuse resta à distance, le suivant, le surveillant, prête à intervenir s'il s'écroulait. Mais il tenait encore, il marchait, inlassablement. Il finirent par arriver en vue d'une cabane, qu'elle supposa être la sienne. Elle décida alors de l'y devancer et d'y préparer ses soins. Ce fut une torture pour elle de le quitter des yeux, mais il le fallait, elle le savait: alors elle se précipita jusqu'à la cabane. Par chance, elle n'était pas fermée, et elle put entrer. Elle reprit alors sa forme hybride, se rhabilla à la hâte et, dans des gestes rapides mais précis - bien qu'un peu fébriles -, prépara des bandages. Elle trouva dans un coin un seau plein d'une eau qui semblait claire et propre, et prépara un feu pour la faire bouillir. En attendant que l'eau chauffe, elle sortit les herbes et accessoires dont elle aurait besoin. Finalement, quelques minutes à peine après qu'elle soit arrivée, elle entendit un bruit mat au-dehors, suivi d'un cri d'aigle.

Lorsqu'elle sortit, il était là, à deux mètres à peine, étalé au sol, évanoui. Vigile se tenait près de lui. Elle se précipita vers lui et le ramena à l'intérieur, le tirant plus qu'elle ne le portait, avant de l'installer dans son lit. Elle se prépara alors pour des heures de soins, priant, suppliant presque pour qu'il survive. Dans sa tête, une phrase unique tournait en boucle, répétée inlassablement tandis qu'elle recousait et désinfectait:

Pas lui, pas lui, ne me laissez pas le perdre, je ne le supporterais pas, pas lui, pas lui...
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Sam 10 Jan - 17:47

C'était étrange. Alors qu'il se traînait vers sa cabane, sa vision se brouillait de plus en plus. Des formes s'allongeaient et s'élargissaient, créant un spectacle étrange pour Aiden. Il secoua la tête, mais cela ne fit qu'aggraver sa berlue, le faisant manquer de trébucher. En voulant se rattraper il appuya cependant trop fort sur sa jambe, et s'agrippa à un arbre en serrant les dents, fermant les yeux. Il commençait à sentir perler quelques gouttes de transpiration depuis son front. S'arrêtant un bref instant, il attendit que la douleur soit moins intense pour se rediriger vers son havre de paix, son chez-lui protecteur. Voyant que cela ne servait à rien, e qu'il avait toujours aussi mal, il décida tout de même de faire les derniers pas le séparant de la cabane... avant de tomber dans les vapes. Il était alors à peine devant la maisonnée, lorsque les ténèbres commencèrent à brouiller ses sens. Même la douleur semblait s'envoler, alors qu'il entendait le son d'une porte qu'on ouvre... Et enfin le néant.

Le chasseur ne sentit pas qu'on le traînait à l'intérieur, et qu'une bonne surprise semblait s'être invitée chez lui, afin de l'aider et le rafistoler. Durant ce sommeil sans rêve, une bonne âme s'occupa de ses plaies, pansant sa jambe meurtrie et les différentes ouvertures résultant de la bataille avec les Fugolls. Lorsque sa bienfaitrice arriva au dos, Aiden se réveilla de moitié, groggy et fiévreux, mais avec des yeux écarquillés par la peur. Il regarda Fawn, même s'il ne put vraiment la voir sous des traits nets et précis, et, des frissons le parcourant, lui murmura:

"Par pitié... Ne les regarde pas..."


Et ce furent les seules paroles que le bûcheron prononça avant de retomber dans un profond sommeil. Cette fois-ci, pourtant, il fit un songe. Un rêve étrange, par ailleurs. Il était dehors, en train de débiter du bois, Vigile guettant les alentours avec attention. Soudain, une forme bien connue venait d'émerger des bois, féminine et particulièrement séduisante. Aiden s'était arrêté de fendre les bûches et s'était dirigé tout sourire vers l'hybride qui semblait lui faire tant d'effet. Mais en l'apercevant, celle-ci afficha une mine de profond dégoût, mettant une main à la bouche. Lorsque l'homme, intrigué, lui demanda ce qui n'allait pas, elle s'était déjà transformée en animal, et s'éloignait au loin, poussant comme des cris d'horreur.

C'est alors qu'Aiden prit conscience qu'il était torse nu, dévoilant ses terrifiantes cicatrices à la vue de tous. Presque instinctivement, il mit ses mains sur ses biceps, essayant tant bien que mal de cacher ces affreux témoignages de son passé. Mais elles semblaient s'illuminer plus que jamais, se révélant avec plus de vivacité aux alentours. Une voix rauque et sale sinuait dans sa tête, alors que le monde semblait perdre de sa saveur et de sa couleur. Une voix qu'il ne connaissait que trop bien.

"Elle te fuit. Tu portes sur toi les marques de la Souffrance. Tu m'appartiens. Reviens chez toi."


Mais le douloureux cauchemar sembla prendre fin, lorsque les yeux jusque-là clos du bûcheron s'ouvrirent, coupant net l'ambiance lugubre et onirique. Il était allongé sur le ventre, et avait faim et soif. Des bandages recouvraient sa poitrine, ainsi que sa jambe. La chaleur semblait bien se diffuser dans la pièce où il était. Cette dernière lui était d'ailleurs familière. Enfin, il reconnut son chez-lui. Son lit. Avec un soupir d'aise, il souhaita se redresser, malgré les sutures lui tirant le dos. Etudiant sa cabane du regard, il aperçut un feu chauffer dans l'âtre rudimentaire. Il s'assit sur le bord du lit, regardant sa jambe avec étonnement. Le bandage était propre, et une étrange odeur s'en exhalait. On aurait dit un baume, ou quelque chose y ressemblant.

Soudain, il vit une silhouette dans l'embrasure de la porte. Elle ouvrit cette dernière... Et le chasseur fut à la fois soulagé et réjoui; c'était Fawn! Elle était là, habillée cette fois, et tenant un bol d'il-ne-savait-quoi dans ses mains. Elle parut un instant surprise lorsqu'elle le vit, mais lui, tout content qu'il était, lui fit un sourire et lui dit:

"Fawn... Je ne m'attendais pas à te revoir ici. Je crois que je dois te remercier pour le bandage, et..."


Une soudaine révélation fusa dans son esprit, à la vitesse d'un météore. Son sourire s'effaça, et il rajouta, cette fois d'un ton plutôt amer:

"... Et tu les as vues..."

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Fawn
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Jeu 16 Avr - 14:44

"Par pitié, ne les regarde pas..."

Trop tard, chasseur. Trop tard. Pas un instant l'Hybride n'eut-elle un doute sur le sujet d’inquiétude de son patient. Car sous ses yeux se dévoilait le dos nu de l'homme, et ce qu'elle y voyait lui soulevait le coeur.

Le dos entier était parcouru de marques boursouflées, les muscles déformés par le fouet qui les avait mordu, la chair creusée de marques de brûlures, d'autres cicatrices encore pouvait faire penser à des coups de couteau. Lorsqu'elle le retourna pour voir son torse, elle s'aperçut que les cicatrices continuaient ici aussi. Des cicatrices qui auraient paru horribles pour n'importe qui, mais, pour elle qui était guérisseuse, paraissaient encore bien pire. Elle pouvait les lire.

Là, elle suivait du doigt une ligne creusée dans le muscle, voyant avec perfection de quelle manière la lanière du fouet avait frappé, ouvrant les chairs jusqu'à l'os. Plus loin, elle effleurait du pouce une cicatrice profonde, celle d'un coup de couteau maîtrisé à la perfection pour infliger le plus de douleur possible sans tuer ou rendre inconscient la victime. Ailleurs, la marque rouge d'une brûlure infligée au fer chauffé à blanc parlait d'elle-même. Et c'est alors que Fawn compris.

Ces cicatrices n'étaient pas celles qu'un guerrier se fait au combat, ni même celles d'un homme capturé pour être interrogé. C'étaient celles d'un homme torturé durant des années, par des professionnels de la douleur. Torturé encore et encore, sans être autorisé à mourir. La douleur, chaque jour, chaque heure, chaque minute, rien d'autre que la douleur, plus cuisante à certains moments qu'à d'autre, le tout dans une semi-conscience perpétuelle; la jeune guérisseuse l'imaginait si bien qu'elle en avait la nausée.

Après un moment d'hébétude horrifiée, elle se ressaisit avec un frisson. Depuis combien de temps contemplait-elle les cicatrices sans plus voir l'homme qui les portait ? Depuis combien de temps avait-elle arrêté ses soins ? Un guérisseur ne doit jamais se laisser aller à l'empathie. S'il commence à s'imaginer la douleur du patient, à la laisser le submerger, il en devient incapable de soigner, et c'est exactement ce que Fawn venait de laisser se produire. Elle se sermonna intérieurement sans aucune pitié et reprit ses soins, oubliant tout ce qu'elle pouvait ressentir pour Aiden pour le considérer comme un patient seulement. Jusqu'à son réveil, il n'était qu'un corps malade, un mécanisme complexe à réparer du mieux possible. Elle déploya toutes ses compétences pour combiner les baumes, les bandages et les herbes au mieux, versant des tisanes apaisantes sur les lèvres de l'homme inconscient, usant de son fil et de son aiguille lorsque nécessaire.

Vigile était là, perché dans un coin, l'observant. La jeune fille avait craint au début qu'il ne l'empêche de toucher son maître, mais, de toute évidence, l'oiseau lui faisait confiance, et se contenta ensuite de la surveiller d'un air qu'elle aurait qualifié d'inquiet. Plus d'une heure s'écoula avant qu'elle n'ait fini ses soins; elle laissa alors son patient à son repos, jugeant que le sommeil était le seul moyen que son corps avait trouvé pour protéger son esprit de la douleur et qu'il se réveillerait lorsqu'il y serait prêt, et elle se dirigea vers la pièce principale pour y préparer à manger. Il aurait faim en se réveillant.

Elle avait réussi à préparer un potage en combinant les ingrédients trouvés dans les étagères d'Aiden, ses propres herbes et baies et quelques tubercules ramassés au-dehors. Elle servit une assiette pour le chasseur, y ajoutant presque à contre-cœur quelques morceaux de viande séchée trouvés dans la cabane. Elle-même ne supportait pas l'idée d'en manger, mais Aiden aurait besoin de toute la protéine à portée de main. Elle avait un peu la nausée à l'odeur de la viande cuisant tout en ramollissant dans le bouillon, mais elle prit sur elle et se dirigea vers la chambre, le bol à la main. Lorsqu'elle arriva, elle fut surprise de le voir déjà éveillé. Elle s'était attendu à ce qu'il dorme encore quelques heures.

"Fawn... Je ne m'attendais pas à te revoir ici. Je crois que je dois te remercier pour le bandage, et..."

Il grimaça, et Fawn sut ce qu'il allait dire. Les cicatrices l'inquiétaient, bien sûr. Les mots qu'il prononça confirmèrent ce qu'elle pensait.

"Les cicatrices ? Oui. J'ai vu pire."

Elle s'avança, le visage impassible, et tendit le bol vers Aiden.

"Mange, tu as besoin de reprendre des forces. Sinon tout mon travail n'aura servi à rien."

Elle sourit, soulagée, lorsqu'il lui prit le bol des mains et l'observa d'un air affamé. Il allait guérir.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Ven 17 Avr - 11:44

A tout moment, le jeune homme s'apprêtait à voir la belle hybride décamper à la vue de ses cicatrices. A quel monstre ressemblait-il? Quelles souffrances étaient marquées sur son corps et pouvaient être lues comme l'on peut lire les lignes d'un livre? Aiden avait deux bonnes raisons de détester cette exhibition. La première était qu'il n'avait pas envie de s'étendre sur un passé qui l'avait anéanti et presque réduit à néant. La seconde était que, secrètement, il ne souhaitait pas griller toutes ses chances avec Fawn, pour qui ses sentiments s'étaient montrés vifs et ardents contre toute attente. Sa réponse à l'attaque des fugolls ne faisait que témoigner de ce qu'il ressentait vraiment pour la jeune femme. Il rougissait presque sur place en y repensant. S'était-il fait déchirer le mollet et lacéré le dos pour dégoûter celle pour qui il avait affronté ses peurs les plus primales?

En fait, non. Elle resta impassible, lui disant qu'elle avait déjà vu pire. Aiden fut un peu étonné par ce qu'elle venait de répondre. Il ne s'y attendait vraiment pas en fait. Pire que lui? A quoi pouvait donc ressembler le corps de cet individu? Un frisson parcourut celui du chasseur un instant, avant que ses pensées ne se focalisent sur Fawn lui tendant un bol de nourriture. C'était vrai, il devait reprendre des forces. Peu à peu, il reprit le sourire, content de pouvoir manger quelque chose et d'être plus proche de cette hybride qu'il avait pourtant bien failli blesser un jour. Le plat qui lui était présenté était une sorte de potage, avec des morceaux de viande dedans. Aiden s'en régala, puis se rappela que la jeune femme avait une part animale. Il essaya de cacher sa joie de pouvoir enfin manger à nouveau de la viande, savourant tout autant le reste de son plat.

Soudain, une ombre passa entre le battant de la porte, avant de se jeter sur le chasseur-bûcheron. Les serres de l'animal s'enfoncèrent un peu, mais sans blesser réellement Aiden, qui avait l'habitude. Vigile ébouriffa ses plumes, émettant des petits claquements avec son bec et sa langue. C'était sa façon de dire qu'il était content de le revoir. Et son compagnon humain gloussa un peu, flattant le cou du rapace. C'est alors que la tête de l'aigle se tourna vers Fawn, l'étudiant quelques instants. Puis, avec un petit cri, il quitta l'avant-bras d'Aiden pour aller se poser plus loin dans la pièce, plaquant ses ailes contre son flanc. Le chasseur regarda l'hybride, un peu amusé:

"Je crois qu'il t'aime bien. Et... je te suis vraiment reconnaissant de m'avoir guéri."

Aiden se rapprocha un peu d'elle en essayant de s'asseoir plus confortablement sur son lit. Puis il dit à Fawn:

"Au fait, combien de temps suis-je resté dans les vapes? Les sutures tirent encore un peu, donc ça ne doit pas faire trop longtemps, je me trompe?"

Le chasseur n'avait jamais été vraiment rafistolé, sauf en cas de force majeur, lorsque sa survie au sein du Palais pouvait être menacée par un tortionnaire distrait qui lui aurait appliqué une blessure trop profonde. Mais il n'avait de toute façon pas l'impression d'être resté ainsi durant un temps extrêmement long. Aiden avait toujours cicatrisé vite, et tenu plus que les autres prisonniers du Cruel. Ici, il cicatriserait sûrement plus vite encore.

Il voulut d'ailleurs se relever pour s'habiller, sentant les sutures de son mollet le lancer. Mais il n'en montra rien, et décida de passer une tunique sur son torse. Heureusement, Fawn avait eu la décence de lui laisser son pagne, même durant l'opération, sinon, sa gêne aurait été monumentale! Bien que... après tout, elle aussi s'était montrée nue devant lui.

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Fawn
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Ven 17 Avr - 17:40

Aiden recommençait à sourire, et la nourriture le faisait reprendre des couleurs peu à peu. Il refaisait le sang qu'il avait perdu et semblait moins faible. Fawn se servit un bol de potage et mangea à ses côtés. Elle était fière de son travail de guérisseuse; elle avait su soigner d'urgence un blessé grave sans se laisser atteindre par le stress ou la tension. Elle était de toute évidence capable de soigner des soldats sur un champ de bataille, et c'est exactement ce qu'elle cherchait à faire. Elle eut un pincement au coeur lorsqu'elle réalisa qu'elle s'était beaucoup attaché à Aiden, et que s'éloigner de lui pour aller sur le front la rendrait triste. Elle était restée dans les environs trop longtemps et ressentait des sentiments forts pour le chasseur, bien que ce ne soit que leur seconde rencontre. Mais elle comptait dédier sa vie à sauver celle des autres, et ne pouvait se permettre de tout abandonner pour un homme, aussi merveilleux soit-il.

Vigile interrompit violemment ses réflexions en se jetant soudainement sur son maître, faisant sursauter l'hybride. Elle sourit en voyant la complicité entre le chasseur et l'aigle, et ne fut pas surprise lorsque, quelques instants plus tard, Aiden déclara que l'oiseau appréciait Fawn. Elle ignorait si l'oiseau lui portait vraiment de l'affection mais, en tout cas, il ne la considérait pas comme un danger pour son maître, même lorsque celui-ci était vulnérable. C'était un gardien très intelligent.

Elle fut plus gênée, en revanche, par les remerciements de son patient. Elle était guérisseuse, soigner était son métier, et elle se sentait toujours un peu mal à l'aise quand on la remerciait ainsi. Elle ne faisait pas ça pour la reconnaissance, après tout. Heureusement, la question d'Aiden lui permit de changer de sujet.

"Tu guéris vite, tu n'as été inconscient que trois ou quatre heures. Je n'avais jamais vu quelqu'un se remettre aussi vite après avoir perdu tant de sang. Il faut croire que tu as un corps résistant."

Tandis qu'elle prononçait ces mots, le chasseur s'était levé, vêtu seulement du pagne qu'elle lui avait laissé par pudeur, et elle ne put s'empêcher de remarquer que son corps était très attirant, malgré les cicatrices. Elle détourna le regard, un peu gênée, craignant qu'il ne l'ai remarquée en train de la dévisager. Cependant, elle n'avait peut-être pas vraiment de raison d'être si mal à l'aise; après tout, il l'avait déjà vu nue. Elle ne s'attendait simplement pas à ce que la simple vue de son torse nu lui fasse tant d'effet.

Elle se racla la gorge, puis reprit la parole, plus pour meubler le silence que par réel désir de connaître les réponses, mais avec une certaine curiosité tout de même.

"Alors, que t'est-il arrivé ? Tu étais dans un sale état quand je t'ai trouvé."
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Ven 17 Avr - 21:12

Alors qu'il remettait une tunique correcte, Aiden continuait de parler avec Fawn, qui s'était apparemment arrêtée de lui parler le temps qu'il s'habille. Elle avait parlé de la résistance de son corps. Des souvenirs affluèrent de nouveau dans son esprit, des souvenirs qu'il aurait préféré ne pas revoir. La chair n'a aucune résistance. Elle est faible, molle, et sensitive à souhait. Briser un homme est simple et monstrueux, horrible et violent. Mais la chair d'Aiden, en revanche, était particulière. Face aux mauvais traitements, il souffrait comme autrui. Mais par après, il guérissait plus vite, il tenait plus longtemps. Des longues séances auxquelles il avait eu affaire, peu auraient survécu comme il l'avait fait. C'était pourquoi tant d'années il avait résisté, pourquoi tant de temps il avait tenu. Avec le désespoir grandissant à chaque nouvelle lune...

Il fut tiré de ses noires pensées par l'hybride qui se racla la gorge. Il porta son regard à la jeune femme, et ne put qu'admirer ses magnifiques yeux verts, encadrés par sa fougueuse et indomptable crinière brun sombre. Les battements de cœur du chasseur s'accélérèrent à mesure qu'il regardait la belle créature devant lui. Elle lui avait posé une question, et pourtant, il n'en avait compris le sens que deux secondes plus tard. Un décalage qui n'était sûrement pas dû à une quelconque fatigue... (Le narrateur fait un grand clin d’œil)

Aiden se gratta la joue, avant de répondre à la demoiselle:

"En fait, j'me baladais dans les bois. J'me rendais à la source dont j'me sers d'habitude pour me laver. J'te rassure, je ne bois pas la même eau!"

Le bûcheron sourit et rit un peu, avant de s'asseoir de nouveau à côté de l'hybride.

"Mais une fois sur place, je suis tombé nez-à-nez avec la déesse Syvraës. Je ne plaisante pas, c'était bien elle! J'ai eu un peu... peur, oui, je l'avoue. Un peu comme quand j't'ai prise pour une divinité toi aussi. Et puis, alors qu'elle essayait de me rassurer, un groupe de fugolls a déboulé de par le bois."

A mesure qu'il racontait son épopée, Aiden se rappelait des blessures qui lui avaient été infligées. Pour une fois, ces plaies n'avaient pas été faites en vain. Elles avaient été récoltées non pas sans qu'il ne le souhaite, mais parce qu'il avait défendu quelque chose... ou quelqu'un. Peut être était-ce pour cela qu'il n'avait que peu tremblé après la bataille?

"Normalement, j'aurais fui devant ces monstres, me connaissant. Mais apparemment, je ne me connais pas assez, parce que je les ai affrontées. J'avais peur que s'ils n'étaient pas stoppés maintenant, ils s'en prennent à... à d'autres."

A toi. A toi, c'est ce qu'il voulait dire. Pourtant, les mots n'étaient pas sortis de sa bouche, il ne pouvait pas déclarer cela comme ça. Ça aurait pu mettre Fawn mal à l'aise. Et pourtant, c'était bel et bien la raison pour laquelle il s'était battu. Pour la première fois depuis des éons, il avait choisi de lutter plutôt que de subir.

Il sourit à l'hybride. Dans cette pièce, elle semblait rayonner, alors que sa masure, elle, lui semblait toujours si terne, si morne et absente de vie. Il avait réussi à capter un rayon de soleil, et à l'asseoir près de lui.

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Fawn
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Dim 19 Avr - 19:07

Les mots d'Aiden troublèrent Fawn au plus haut point. Premièrement, sa rencontre avec une Déesse. La jeune guérisseuse avait toujours ressenti un respect mêlé de crainte envers les divinités de Vanalheim, comme tout un chacun, mais n'en avait jamais rencontré une. Imaginer Aiden face à un être aussi puissant, mêle pacifique comme la Déesse des Vents, lui donnait des frissons de crainte. Etait-ce simplement la crainte qu'elle aurait ressenti pour tout un chacun ? Elle en doutait... Aiden était particulier. Plus important à ses yeux que n'importe quel être vivant. Elle qui n'avait pas de famille ni d'amis, cet homme rencontré deux fois était peut-être, ironiquement, celui qu'elle avait de plus proche et de plus précieux au monde.

Un détail dans les paroles d'Aiden la fit soudain réagir, et elle sursauta. Les monstres qui l'avaient attaqué... Elle était tout près à ce moment-là, s'il ne les avait pas combattu elle se serait probablement retrouvée face à eux ! Elle n'était même pas sûre que sa forme de biche fut assez rapide pour semer des enfants du Tolväar.

"- Aiden... Je n'étais pas très loin du combat, quelques kilomètres à peine. Je crois que... Je te dois probablement la vie."

Elle fit une pause, peu habituée à exprimer ce qu'elle ressentait et encore moins habituée à ressentir tant de choses pour une personne. Ces sentiments-là, elle ne pouvait les laisser couler encore, mais le mot qu'elle avait à prononcer était presque aussi dur à dire pour elle. Son coeur battait plus fort que jamais et elle avait soudain une conscience très aiguë de la proximité du chasseur, venu s'asseoir avec elle. Elle se détourna pour cacher son rougissement.

"- Merci, chasseur."

Voilà. Un simple remerciement, c'était tout. Mais la gratitude qu'elle ressentait à son égard, celle de lui avoir, probablement inconsciemment, évité un combat dont elle ne se serait probablement pas sortie, et tous les autres sentiments qu'elle avait pour lui faisait de ce merci le mot le plus chargé d'émotion au monde. Fawn contemplait le sol, ses oreilles de biche légèrement en arrière sous l'effet de la gêne. Elle ressentait une soudaine envie de s'enfuir dans la forêt, de se changer en biche et de ne plus penser à rien d'autre que la liberté et la survie. Un simple animal, ne vivant que de l'instinct, au jour le jour.

Mais quelque-chose la retenait ici. Quelque-chose l'attirait, lui interdisant toute fuite. Un jeune chasseur qui lui avait touché le coeur.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Lun 20 Avr - 21:35

Alors qu'il lui parlait de ses mésaventures avec les Fugolls, Aiden vit la belle hybride tressaillir. Intrigué, il arrêta son récit pour écouter la raison de ce sursaut si soudain. C'est alors qu'elle lui déclara qu'elle n'était pas très loin de l'endroit où il avait combattu lorsque les enfants du Tolväar s'étaient enfoncés dans la forêt. Le chasseur cligna des yeux, une sorte de fierté grandissant et gonflant en sa poitrine bardée de souvenirs douloureux. Finalement, il n'avait donc pas fait tout cela pour rien! En fait, il avait même rempli ses objectifs; protéger Fawn des aberrations de Saphomoth. Le sentiment d'avoir accompli quelque chose d'extraordinaire fit monter la joie d'Aiden, qui sourit sans retenue à la déclaration de la guérisseuse. En ce jour, il n'avait pas souffert pour rien. Il n'avait plus souffert pour rien. Il y avait une raison à son combat, et comme l'avait si bien dit la déesse des Vents, cette raison avait pansé son corps... et son cœur.

Fawn se détourna de son regard, cachant son visage. Timidement, un merci sortit de sa bouche, et le cœur de l'homme s'emballa. Elle était encore plus mignonne lorsqu'elle ne savait plus où se mettre. Ce qui acheva le chasseur, néanmoins, fut ce petit mouvement que firent les oreilles de l'hybride vers l'arrière. Un soupir sortit de la gorge d'Aiden, mais rien d'autre. Il aurait voulu parler, voulu dire quelque chose mais... Non, il ne pouvait pas. Quelque chose d'autre le tentait, le tiraillait. Pouvait-il le faire? Il fallait qu'il essaye. Ressentait-elle la même chose? Comment le savoir? Pourtant, à mesure que les questions s'emparaient de son esprit, son instinct pris le dessus, et il plaça sa main sous le menton de Fawn, relevant son visage.

Le chasseur contempla les joues rougissantes de la belle jeune femme, ainsi que ses yeux gênés, mais magnifiques... Comme hypnotisé, Aiden arrêta tout mouvement, plongeant seulement son regard dans celui de la guérisseuse. Sa main passa du menton de l'hybride à sa nuque, et elle frissonna. Pourtant, elle ne lui dit mot, elle ne bougea pas. Mû par une force plus forte encore que sa propre raison, il attira doucement le visage de Fawn vers lui. A mesure que leurs visages se rapprochaient, le cœur d'Aiden battait de plus en plus vite, et bientôt leurs lèvres se frôlèrent presque...

Lorsque les quatre lèvres se touchèrent, le chasseur fut parcouru d'un frisson d'extase, fermant ses yeux. Le baiser ne dura pas longtemps, mais il put profiter de quelques secondes de pur bonheur, goûtant au paradis terrestre. Il était assis, avec une femme dont il était profondément épris, en train de l'embrasser. Pour rien au monde le chasseur n'aurait voulu que cela s'arrête. Il aurait préféré suspendre le temps, l'arrêter pour toujours, et que leur étreinte soit éternelle. Malheureusement, c'était loin d'être possible...

Quand il se retira du tendre baiser, Aiden rouvrit les yeux. Ce qu'il vit brisa quelque peu sa profonde félicité: le regard de Fawn était apeuré et comme paniqué. Tout de suite, l'homme s'en voulut énormément, se mordant la lèvre inférieure.

"Je... Fawn... Ex... Pardonne-moi si je t'ai... Je ne voulais pas..."

Il aurait voulu lui dire à quel point il l'aimait. Que c'était le signe de son affection profonde pour elle. Malheureusement, le regard effrayé de l'hybride l'empêcha de formuler une phrase cohérente et intelligible...
Il avait bien trop peur qu'elle ne s'enfuie comme la première fois...

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Fawn
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Lun 20 Avr - 23:17

Comment est-ce arrivé déjà ? Je me souviens de la cabane du chasseur. Je me souviens de ma gêne, la tête baissée, les oreilles rabattues, les joues rouges. Et puis je me souviens de sa main sous mon menton, me relevant le visage, de son regard plongé dans le mien, un regard interrogateur mais calme, déterminé. Un regard à mille lieux du mien, sans doute paniqué par cette proximité soudaine. Sa main passant tout doucement derrière ma nuque, le frisson involontaire que ce contact avait provoqué, hérissant le fin duvet semblable à de la fourrure dans mon dos et derrière mes épaules. Ses lèvres approchant doucement des miennes, tandis que mes yeux se ferment, crispés par l'anticipation. Et soudain, contact.

Lorsque les lèvres d'Aiden ont touché les miennes, il y a eu ce sentiment. Cette émotion... Incroyable. C'était comme si... Comme si je rentrais chez moi après un long voyage, un chez-moi que je n'avais même pas conscience d'avoir, et encore moins conscience qu'il me manquait. J'avais eu deux foyers dans ma vie, et les avais abandonnés l'un et l'autre sans jamais me retourner et sans jamais m'arrêter pour me demander si je les regrettais. Mais avec les lèvres d'Aiden doucement pressées contre les miennes, c'était un autre type de foyer que j’entrapercevais: celui que je n'avais pas encore, et que je pourrais construire un jour. Celui qui se trouvait dans ses yeux. Et cette promesse d'avenir nouvelle me laissait dans un sentiment d'extase incroyable.

Ce sentiment, pourtant, ne dura qu'une demi-seconde. Ce qui suivit ? La panique.


Panique. Panique panique panique panique. Panique et danger. Situation inconnue, jamais vécue, inattendue. D'où la panique. Tandis qu'Aiden l'embrassait avec l'air de celui qui sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait, Fawn, elle, paniquait. Elle n'avait jamais aimé avant, n'avait jamais été aimée, et, bien sûr, n'avait jamais embrassé -ou été embrassée. Et, comme n'importe quelle jeune femme se faisant embrasser pour la première fois, qui plus est de façon totalement inattendue (même si elle aurait pu s'y attendre, quand même, ça se sentait à des kilomètres qu'il voulait l'embrasser), Fawn était perdue.

Elle qui en était encore à se demander pourquoi son cœur avait des ratés quand elle se perdait dans les yeux d'Aiden, qui commençait à peine à comprendre qu'elle en était tombée amoureuse, n'aurait jamais pu imaginer qu'il aurait les mêmes sentiments à son égard. D'autant plus qu'elle était une hybride. Comment pouvait-il ne pas être repoussé par ses oreilles de biches, par les taches pareilles à celles d'un faon sur ses joues, par les énormes bois de cerf qui lui sortaient du crâne ? Et qu'en serait-il lorsqu'il découvrirait le début de fourrure en bas de son dos et derrière ses épaules ? Quand réaliserait-il que sa part animale était trop pour lui, quand fuirait-il en courant pour ne plus voir l'affreuse hybride, la non-humaine qu'il avait embrassé dans un moment de folie, quand son cerveau ne disposait plus d'assez de sang pour réfléchir correctement ?

Fawn avait eu le temps de penser à tout ça pendant le court baiser qu'ils avaient partagé. Quand leurs lèvres se séparèrent enfin, Aiden, lisant probablement de la peur dans les yeux de la guérisseuse, tenta vaguement de vaines excuses. Fawn, elle, toujours sous le choc, le contempla un instant, incapable de comprendre ce qu'il disait ou d'exprimer elle-même la moindre parole. Et puis elle l'observa. Elle vit ses joues légèrement rosées par l'émotion, elle vit le léger tremblement de ses lèvres, elle se plongea, une fois encore, dans le regard brun de l'homme.

Et se jeta dans ses bras en pleurant. A moins qu'elle ne fut en train de rire. Un peu des deux sans doute. Il y avait des larmes, en tout cas. Un énorme sourire aussi ceci dit. Oh Dieux, elle devait paraître totalement folle... Qu'importe, même si elle était passablement paniquée par les événements, elle ne fuirait pas. Pas cette fois.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Mer 22 Avr - 23:21

A mesure qu'il balbutiait des excuses, Aiden commençait à réfléchir à un moyen de s'en sortir, une sorte de détournement d'attention. Vite, il fallait qu'il trouve une parade! Un autre baiser?

Non, mais t'es pas bien? Imbécile!

Peut-être sortir une blague, pour détendre l'atmosphère?

Encore une idée de génie...

Que faire? Par les dieux, le voilà dans une situation bien embarrassante. Il savait que ça aurait pu finir comme ça, mais il l'avait quand même fait! Il l'avait embrassé, il avait osé poser ses lèvres sur celles, délicates, de Fawn. Et il avait aimé ça. En fait, il se disait que ça en avait valu la peine, ça, il n'y avait pas de doute. Son cœur battait encore la chamade dans sa poitrine, alors qu'il avait encore le souvenir de cet instant gravé dans sa mémoire, comme un édit dans le marbre. Ce qui le dérangeait, c'est qu'elle n'avait pas vraiment réagi de la façon dont il l'avait espéré; elle était paniquée, et le regardait avec des grands yeux... quels beaux yeux d'ailleurs... mais grand-ouverts et animés d'une étrange lueur! Oh la la... Comment interpréter ça?

Elle le regarda intensément. Leurs yeux se fixèrent un court instant, durant lequel toute trace de soupçon s'envola. Aiden ressentit alors un immense soulagement. Il avait la nette impression qu'en réalité... elle l'aimait aussi. Ce regard lui donnait confiance. Il y avait quelque chose qui passait à l'intérieur, comme si les yeux s'envoyaient des informations. Les lèvres du chasseur tremblaient. Bordel, y avait trop d'émotion là! Il fallait faire quelque chose!

Soudain, il vit Fawn se rapprocher à la vitesse de la lumière pour sauter dans ses bras, le faisant un peu baisser le dos en arrière. Il fut surpris et un peu déstabilisé, puis entendit le rire et les pleurs de la guérisseuse. D'abord un peu perplexe, Aiden ne réagit pas. Puis à mesure qu'il comprenait, un sourire s'étirait sur son visage, et ses bras enserrèrent la belle hybride qui venait de lui déclarer, de façon assez "percutante", la réciprocité de ses sentiments. Il se perdit dans l'étreinte nouvelle, sentant quelques chaudes larmes éclabousser le dos de sa tunique. A l'intérieur de sa tête, un puissant rugissement de victoire retentit. La situation était en sa faveur, et il avait dans ses bras celle qu'il aimait.

L'étreinte dura quelques temps, car le bûcheron voulait apprécier le plus longtemps possible ce contact si rapproché avec Fawn. Mais lorsqu'elle se termina, Aiden maintint l'hybride par les épaules, et se plongea dans ses yeux desquels coulaient encore quelques larmes. Elle avait cependant cessé ses pleurs et affichait un timide sourire. Attendri par son doux visage, il sécha les larmes de la jeune femme avec son pouce, tout en lui disant:

"En fait, j'crois que je n'ai pas besoin de m'excuser, j'me trompe? En tout cas, je tenais à te dire que... voilà, depuis que je t'ai vue dans cette forêt, tu m'as vraiment tapé dans l’œil. Et c'est pour ça que je t'ai embrassé quoi..."

Brillante déduction de ce qui sautait aux yeux. Malgré tout, il venait de clarifier la situation. Avec un grand sourire et son pouce toujours sur la joue humide de Fawn, Aiden contempla le vert et le jaune de ses yeux.

Ayant assisté à la scène de plus loin, Vigile avait le bec grand ouvert et n'avait fait aucun son depuis le début. On aurait pu dire de lui qu'il avait le bec bé, si cette expression eut jamais existé. Impossible de savoir à quoi il pensait, après tout, c'était un oiseau. Et pourtant, il était un spectateur réceptif, se maintenant dans le silence pour ne pas rater un instant de la situation.

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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Ven 15 Mai - 23:01

Fawn n'avait clairement jamais été confrontée à ce genre de situations. Elle n'avait même jamais été dans les bras d'un homme. Elle aurait pu être gênée, mal à l'aise, terrifiée même. Mais rien de tout cela ne lui passait par l'esprit. Pour la première fois depuis longtemps, la première fois de sa vie peut-être, elle se sentait totalement en sécurité en la compagnie d'une autre personne. Elle avait perdu son statut de proie, ses sentiments de biche effarouchée. Plus que ça même, elle avait l'impression qu'ici, entre les bras de celui qu'elle aimait, elle était capable de toutes les bravoures. Mais l'heure n'était pas aux actes héroïques: l'heure leur était réservée, à eux et leur amour naissant.
- Une biche et un chasseur... C'es original quand même. Surtout quand on pense que tu as essayé de me tuer à notre première rencontre. Et qu'à peine plus tard, tu as failli mourir, probablement en me sauvant la vie...

Elle le regarda droit dans les yeux, caressant sa joue du bout des doigts. Elle savait, à ses cicatrices et à sa façon d'être, qu'Aiden avait vécu des choses sans doute plus terribles qu'elle-même n'en vivrait jamais, plus affreuses sans doute qu'elle ne pouvait l'imaginer. Et plus elle le voyait, plus elle l'imaginait combattant les créatures dégénérées du Tolväar, plus elle comprenait qu'il était l'homme le plus brave qu'elle ait jamais rencontré. Ce n'était pas un guerrier, un stratège ou un général. Et il avait des peurs, plus de peurs que n'importe qui sans doute, et plus de raisons d'en avoir que n'importe qui. Mais c'était ce qui faisait sa bravoure. Après tout, le courage n'a rien à voir avec l'absence de peur; le courage est simplement la capacité à les dépasser.
Fawn se réfugia à nouveau dans les bras du jeune homme, plus doucement cette fois, savourant son contact et son odeur, s'imprégnant de tout ce qu'il était. Oui, ce moment leur était réservé, à eux seuls, et s'ils avaient un peu de chance, le temps s'arrêterait pour leur permettre d'en profiter.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   Sam 23 Mai - 13:30

La remarque de Fawn fit un peu sourire Aiden. Elle avait raison, l’ambiguïté de la situation la rendait quelque peu comique. Mais, surtout, il y avait une part mystique dans ce qu'elle disait. Le défunt père du chasseur avait appris un jour à celui-ci que parfois, les dieux prêtaient attention à certains mortels, et leur façonnaient une destinée selon leurs envies. Ici, le récit de leur rencontre était bien original en effet, et le bûcheron se questionnait, méditait sur ces paroles paternelles. Étrangement, en repensant à celui-ci, il ressentit beaucoup moins de tristesse que de coutume... et il comprit pourquoi. La jeune guérisseuse le regardait droit dans les yeux, et quelque chose au fond de ceux-ci animaient le cœur d'Aiden d'une félicité qu'il n'avait jamais ressenti autre part. Qu'elle était belle, avec son petit visage aux joues encore rouges et humides, ses yeux verts comme une forêt luxuriante... Ça y est, il en était mordu.

La jolie hybride se pencha pour étreindre à nouveau l'homme des bois, qui fit attention à ce que ceux de Fawn restent bien éloignés de ses yeux. Le contact de la peau douce, recouverte à certains endroits d'un doux duvet, fit frémir un instant Aiden, à mesure qu'il commençait à se rendre compte de la situation. La dernière fois qu'il avait été aussi proche d'une femme, il n'était qu'un jeune homme sans histoire, au destin banal et morne, condamné à élever du bétail dans les landes tolväari. Et lorsqu'une divinité sans scrupules le priva de ce destin, il avait prié, supplié pour retrouver cette vie de ferme. A bien y regarder, ce qu'il vivait pour le moment était tout ce qu'il ait jamais demandé; un endroit paisible, une routine tranquille, et à présent, une personne sur qui compter. Et quel bon choix pour cette personne, d'ailleurs...

Conscient de sa chance, et empreint d'émotion, le chasseur ne put retenir ses yeux de s'embuer, plongeant son visage dans les cheveux bruns de son nouvel amour. Quelques larmes perlèrent, descendant le long de la chevelure de l'hybride, et la respiration d'Aiden, presque semblable à de petits soupirs, soufflait un air chaud, comme une calme brise, dans le cou de Fawn. Leur étreinte était comme suspendue dans le temps, et autour d'eux, plus un son, plus un mouvement. Le calme plat. Comme si la nature, devant un tel déchaînement de passion silencieuse, s'était tue pour regarder l'embrassade chaste d'un homme et d'une femme qui avaient été seuls la majeure partie de leur vie.

Le câlin dura quelques minutes, faisant oublier peu à peu à Aiden sa douleur. Face à lui, dans ses bras, se trouvait sûrement le remède le plus efficace qu'il ait jamais connu. Elle n'était pas que guérisseuse. Elle était sa guérison, cicatrisant des blessures qu'il avait renoncé à refermer il y a de cela bien longtemps, et qu'aucun baume n'aurait su apaiser mieux qu'elle ne l'aurait fait.



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MessageSujet: Re: Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]   

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Où que tu ailles, la Douleur te suivra... [Beastiful <3]

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