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 Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]

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Fawn
Guérisseuse errante
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MessageSujet: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Dim 24 Mai - 1:12

Fawn

Another perfect day


Le monde entier se parait de couleurs fauves. Le sable s'animait d'un doré éblouissant, faisant écho au soleil qui semblait posé sur la mer. Le sommet des vagues étincelait d'un éclat jaune tandis que le reste de l'eau prenait peu à peu la teinte saphir qui avait donné son nom à cette mer. Une brise un peu trop fraîche encore faisait frissonner la jeune hybride qui, traînant son compagnon par la main, s'élançait vers l'eau avec des exclamations de joie. Derrière eux, les falaises révélaient la couleur ocre de leur roche tandis que les arbres un peu plus lointains devenaient jade.

C'est d'ailleurs des arbres qu'ils venaient, ou plus précisément des Hauts-Bois, à trois jours de marche. Ils étaient partis sous l'impulsion de Fawn, qui avait annoncé, une semaine auparavant, qu'elle désirait récolter des algues. Elle avait sorti ça d'un coup, après le dîner, tandis qu'elle fouillait sa sacoche pour faire l'inventaire des herbes et cataplasmes qu'il lui restait. Elle n'y avait jamais eu d'algues, mais avait eu l'occasion de s'en servir à quelque reprises lorsqu'elle était encore l'associée de son défunt maître. Le défunt homme lui vantait souvent les mérites des diverses plantes aquatiques qu'il avait testé, et d'une espèce d'algues en particulier, qu'il ne trouvait que sur les plages de la mer de Saphir et qui avait de nombreuses utilisations, pour les blessures tant que pour les maladies. Fawn voulait voir ce qu'elle pouvait en faire.

Bien que la jeune guérisseuse, qui avait l'habitude de voyager seule et à son gré, aurait été prête à partir dans l'instant, Aiden, son nouvel amour, avait demandé quelque jours de préparation. Lui qui n'était, pour le coup, pas du tout habitué aux voyages, avait quand même tenu à l'accompagner. Simplement, avant de quitter le doux abri de ses bois, il lui fallait un peu de temps. Comprenant ses craintes, la femme-biche avait attendu, patiemment, et ils avaient pris la route.

Ils avaient marché trois jours durant, et étaient arrivés en vue de la mer la veille, peu après le coucher du soleil - trop tard, malheureusement, pour admirer les eaux azur dans toute leur splendeur. A présent, après une nuit à dormir sur la plage, Fawn pouvait enfin découvrir la mer pour la première fois. Et ce qu'elle voyait l'émerveillait. Elle aimait le sable encore frais sous ses pieds nus, elle aimait les falaises escarpées, elle aimait le bruit des vagues et l'odeur mêlant sel et végétation marine. Elle aimait la mer, définitivement.

Après quelques minutes à profiter simplement de l'instant, courant en tout sens tout en savourant le paysage et la saveur de l'aube, elle se précipita vers l'eau, laissant Aiden à ses propres occupations, et se mit en quête de cette algue reconnaissable à sa couleur rouge sombre. Elle ne tarda pas à en trouver, dans un coin d'eau stagnante formé par un creux dans les rochers. La marée était assez basse, parfaite pour la récolte, et la guérisseuse se mit immédiatement au travail en chantonnant.

Elle se relevait régulièrement pour observer Aiden, lui adressant des sourires éblouissants. Voilà deux semaines déjà qu'elle vivait auprès du jeune chasseur, et leur bonheur paraissait éternel. A ses côtés, les soucis de la guerre et les sources de malheur lui paraissaient lointains et oubliés. Dans un coin de son esprit, une voix lui soufflait qu'il lui faudrait reprendre sa route un jour, suivre la voie qu'elle avait prévue pour aller se rendre utile auprès des soldats protégeant Silraen, directement au front. Mais ignorant si Aiden la suivrait si loin et ne souhaitant pas se poser la question, elle reléguait ces problèmes au fond de ses pensées et se contentait de savourer ce que le destin lui offrait.

Pour l'instant, cette journée s'annonçait comme une journée parfaite de plus dans leur voyage idyllique à travers la vie.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Dim 24 Mai - 15:27

A Small Measure of Peace

La mer était droit devant. Bleue et profonde, recouverte par moments d'écume, et berçant inlassablement le paysage de ses vagues. Sur la plage de sable fin, un jeune couple venait d'entrer en scène, soulevant à chaque pas une fine pellicule de silice dorée. Ils se tenaient la main, et se souriaient mutuellement. Ils respiraient la joie et la complicité, cherchant dans le fond de leurs yeux la raison de leurs sentiments. Aiden, le chasseur, et Fawn, la guérisseuse. Deux jeunes gens que le destin avait réunis, mais qui, il faut bien l'avouer, formaient un couple assez original. Un homme hanté par son passé, en portant autant physiquement que psychiquement des traces indélébiles, et condamné à craindre la majeure partie de son environnement. Une femme empreinte de solitude, mi-humaine mi-proie, et passant sa vie à errer en quête de blessures et de plaies à soulager. D'un certain point de vue, ils étaient totalement contraires. Mais cela ne les empêchait pas de s'aimer sans retenue.

Aiden avait eu du mal à quitter la relative sécurité de son logis et de son petit brin de forêt. Il était arrivé là plus maigre qu'un mort et bardé de blessures à faire rougir un vétéran. Et c'est en cet endroit qu'il avait reconstruit peu à peu un semblant de vie, accompagné de son fidèle Vigile. Aussi, lorsque Fawn projeta un petit voyage à la mer pour aller chercher des algues, le chasseur avait souhaité l'accompagner de tout son cœur, mais avait d'abord eu besoin d'un peu de temps pour se séparer de ce qu'il connaissait. Dehors, c'était la mort, la souffrance et la barbarie. Heureusement, avec Fawn, les trois jours de marche avaient été plus que plaisants. En deux semaines ils avaient un peu appris à se connaître, bien qu'Aiden se montrait taciturne à propos de son propre passé. A quoi bon raconter de pareilles horreurs, de toute façon? Cela ne ferait qu'alourdir l'atmosphère, et rappeler une douloureuse histoire dont les pages semblaient à présent s'éloigner dans les brumes du lointain.

Fawn partit en quête des algues pour lesquelles elle s'était déplacée. Pataugeant dans la marée basse, l'eau lui montant jusqu'à mi-cuisse, elle allait chercher avec ses mains une sorte de plante rouge qui vivait dans ces eaux salées. Aiden, lui, n’avait pas grand-chose à faire. Il était surtout venu pour passer du temps avec l’hybride, pour qui son amour ne cessait de croître de jour en jour. Leurs timides étreintes s'étaient changés en franches embrassades. Tout semblait aller pour le mieux.
Le jeune bûcheron était donc assis sur le sable, ne perdant pas de vue une seule seconde sa magnifique petite biche. A chaque fois qu'elle relevait la tête pour lui jeter un regard, il ne pouvait s'empêcher de sourire, plongeant également ses yeux bruns dans ceux, verts, de Fawn. Avoir quelqu'un qui fait attention à soi était une sensation qu'il avait longtemps oubliée, et qu'il venait à peine de retrouver. Il prenait la mesure de la chance qui lui était donnée, alors qu'il était en tailleur sur le sol.

Il prit une poignée de ces grains d'or sur lesquels il était assis. La sensation était étrange, et il n'avait encore jamais vu d'endroit aussi pur. Si on lui avait dit que cet endroit était Ydrasil, il aurait aisément pu le croire! Avec ces grands espaces, et cette mer infinie qui donnait la sensation d'être minuscule. D'ailleurs, la silhouette qui se dessinait sur ce tableau d'azur donnait une toute autre sensation. Perdu dans sa contemplation du paysage et de sa dulcinée, Aiden n'entendit pas vraiment le cri strident de Vigile qui, sortant de quelques arbres éparses, poursuivait un étrange petit oiseau. Sur quelques mètres, les deux volatiles suivirent la même trajectoire. Jusqu'à ce que le rapace, pour une raison inconnue, prenne peur et s'enfuie vers son maître. Mais ce dernier, toujours assis et en pleine contemplation, ne s'en rendit pas compte...

Après tout, que pouvait-il bien arriver de mal dans une journée si parfaite?

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So many times I've tried
But I'm still caged inside
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Adalet
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Sam 4 Juil - 22:45

Adalet


Adalet avait, ce jour-là, sa forme de déesse. Elle avait masqué son aura divine, comme toujours lorsqu'elle s'éloignait d'Ydrasil: ces jours-ci, on ne pouvait être trop prudent, comme sa rencontre avec Hiergon l'avait prouvé. Cependant elle avait renoncé à l'apparence de petite fille qu'elle utilisait habituellement lorsqu'elle souhaitait évoluer parmi les humains. Il n'était pas question, aujourd'hui, de cacher qui elle était. Elle avait quelque chose à faire, quelque-chose qui, elle l'espérait, rétablirait une part d'équilibre dans ce monde, et cette chose nécessitait qu'elle soit impressionnante. Pas effrayante, non, seulement impressionnante. Il fallait que son protégé sache qui elle était et croie en ses paroles. Autrement c'était perdu d'avance.

La déesse, une fois encore, pesa l'ampleur de ce qu'elle allait demander au jeune homme dont elle voyait l'âme sur la plage. Il était injuste de lui demander ça. Et pourtant, c'était le seul moyen de mener à un rétablissement bien plus important de la justice. C'était absurde, c'était presque contraire à sa nature, et pourtant, pensant à toutes les âmes perdues que celle-ci pourrait sauver, Celle-Qui-Voit parvenait à justifier son geste.

Sous le foulard pourpre qu'elle portait, des larmes semblaient presque mouiller les yeux aveugles d'Adalet. Mais celle-ci ne pouvait pas pleurer. Elle n'en avait pas le droit, et doutait de toute manière d'en avoir les capacités. Il fallait qu'elle soit forte, qu'elle avance, toujours. Il aurait été injuste de se montrer faible dans un tel moment. Elle sentait, un peu plus loin sur la plage, une autre âme. Une bonne âme, aussi bonne que celle de son protégé. C'était la guérisseuse, elle le savait. Elle accompagnait le chasseur depuis plusieurs semaines déjà. Leurs âmes s'accordaient bien; l'une pleine de courage et de douceur, l'autre effrayée et un peu plus rude, mais toutes deux emplies de bonté et d'une volonté d'aider. La guérisseuse avait un bon effet sur le meurtri. Elle se répugnait à gâcher leur bonheur simple de gens ensembles, qui profitent simplement de la présence l'un de l'autre. Mais il le fallait.

La déesse en était là de ses réflexions lorsqu'elle capta un mouvement soudain dans l'air. Sans prévenir, le murmure qui se tenait jusque-là posté sur la plage pour observer le couple se précipita vers elle, immédiatement suivi d'une bourrasque d'air et d'un bruissement d'ailes. Ah, oui, l'Aigle. Elle se souvenait de lui. Il avait fait un bon compagnon pour son protégé, il l'avait rassuré, l'avait aidé, l'avait sauvé à de nombreuses reprises. Il avait repéré le murmure, et s'éloignait à présent en panique, ayant capté la présence d'Adalet. Il ne tarderait pas à prévenir son maître du danger. Qu'importe, il était trop tard pour reculer de toute façon, et cela forçait la déesse à passer à l'action. C'était une bonne chose.

Avec délicatesse, Adalet se leva de la pierre sur laquelle elle était assise jusque-là. Sa longue toge pourpre se défroissa doucement, bruissant sous la brise douce. Digne et droite, évitant chaque obstacle aussi aisément que si elle le voyait, la Toute-Voyante s'avança, sortant des bois qui l'avaient tenue cachée. Sans tenir compte de l'agitation des deux humains, elle avança encore, toujours plus près. Lorsqu'elle fut à leur niveau, elle s'arrêta face à eux et se tint un instant là, leur laissant le temps de prendre conscience de sa non-humanité. Puis elle prit la parole, d'une voix forte et douce.

"- Aiden, cher enfant. Je suis Adalet, je suis Justice. Tu as tant souffert, et je t'ai si mal protégé... Et pourtant, aujourd'hui, j'ai une requête à t'adresser. Une faveur pour moi. Alors, avant de la formuler, pour toutes les souffrances passées et toutes celles à venir, je te demande le pardon."

A ces mots, Celle-qui-Voit s'inclina légèrement, très légèrement, si peu. Et pourtant, ce geste, d'une déesse à un mortel, était incroyablement rare et infiniment humble.
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Fawn
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Dim 5 Juil - 1:14

Fawn se redressa une dernière fois, étirant son dos endolori. Elle estimait avoir cueilli suffisamment de cette algue rouge pour que ses nouvelles réserves lui durent quelques mois, elle s'apprêtait à retourner vers Aiden afin de commencer le processus pour les conserver (il lui fallait les sécher au-dessus d'un feu de bois aromatisé de sauge, puis en faire une poudre à utiliser en tisane) lorsqu'une silhouette se détacha des arbres pour se diriger droit vers son aimé.

C'était une femme grande et fine. Fawn ne la voyait que de loin, mais elle semblait être très belle. Une longue toge rouge l'habillait. Elle marchait pieds nus, et son allure était décidée et élégante. En soi, elle ne paraissait pas menaçante, mais avec la guerre qui évoluait en Silraen, elle se méfiait de tout le monde... Elle se mit à courir, rejoignant Aiden quelques secondes avant que la femme ne soit sur eux. Elle lui prit doucement la main, les algues toujours dans l'autre, et, face à face, ils attendirent.

Ce n'est que lorsque la femme arriva à quelque pas que Fawn remarqua le foulard lui couvrant les yeux, qu'elle n'avait pas vu de loin. Elle était aveugle... Peut-être ne les avait-elle pas vus ? La guérisseuse s'apprêtait à prendre la parole, mais l'inconnue marchait avec tant d'assurance qu'elle se tût. De toute évidence, elle savait qu'ils étaient là. Elle sentit un pressentiment l'envahir, sans savoir s'il était bon ou mauvais. La femme en rouge n'était pas humaine. Elle en était persuadée.

Arrivée près d'eux, l'aveugle s'arrêta et, face à Aiden, comme si elle pouvait vraiment le voir, elle s'adressa à lui.

"- Aiden, cher enfant. Je suis Adalet, je suis Justice. Tu as tant souffert, et je t'ai si mal protégé... Et pourtant, aujourd'hui, j'ai une requête à t'adresser. Une faveur pour moi. Alors, avant de la formuler, pour toutes les souffrances passées et toutes celles à venir, je te demande le pardon."

L'hybride frissonna. Une déesse ! Et elle venait de s'incliner devant Aiden ! Ce symbole était si puissant... La guérisseuse serra la main de son chasseur plus fort, sachant qu'il devait être terrifié. Elle avait entendu parler, bien sûr, d'Adalet, déesse d'Ydrasil, représentation de la justice. Celle-qui-Voit avait une réputation terrifiante, puisqu'elle était à la fois juge et bourreau. Les mortels la craignaient autant qu'ils la véneraient. Ce n'était pas une divinité qu'on aime avec dévotion, elle était de ceux qu'on prie pour être sauvé autant qu'épargné.

Le coeur battant à tout rompre, inquiétée par la requête dont Adalet avait parlé, Fawn s'inclina légèrement devant cette divinité supérieure et attendit la suite des événements.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Mar 7 Juil - 18:57

Lorsque Vigile vint se réfugier auprès d’Aiden, ce dernier regardait sa bien-aimée, ne portant aucune attention à son ami ailé. Un petit coup de bec sur la main lui remit cependant les idées en place, et les yeux étonnés du chasseur se posèrent enfin sur le rapace qui, inquiet, jetait des coups d’œil derrière lui tout en regardant intensément l’humain. Intrigué, Aiden étudia l’endroit qui semblait faire si peur à son fidèle compagnon. Au début, il n’y avait rien. Puis, sortant des bois, une grande silhouette s’avança vers lui. Surpris, il fit mine d’attraper sa hachette, mais posa simplement sa main dessus. Qui était cette femme qui marchait dans sa direction ? Des draps rouges la nimbaient d’élégance, et ses yeux, cachés sous un tissu vermeil, était sans aucun doute aveugles. Alors comment faisait-elle pour être si assurée ? Quelque chose clochait…
 
Le chasseur se releva. Peut-être qu’il serait fixé sur la nature de cette dame si elle s’approchait suffisamment. Et à en juger par sa direction, elle ne tarderait pas à être sur lui. La méfiance animait le cœur d’Aiden, qui fut plutôt rassuré lorsqu’il vit Fawn, telle la lumière dans l’obscurité, venir lui agripper la main pour la serrer dans la sienne. Un simple contact physique, suivi d’un autre, visuel. Et pourtant, lorsque leurs yeux se croisèrent, l’homme des bois fut rassuré et apaisé. Un demi-sourire aux lèvres, il fit de nouveau face à l’étrange arrivante, tentant de déceler ses intentions. Rien à faire cependant, elles restaient mystérieuses… Quant à Vigile, il s’était envolé pour aller se poser sur une branche, un peu plus loin. Le rapace, malgré toute sa fierté, savait se montrer couard en certaines occasions.
 
Un mètre séparait à présent le jeune couple de la grande femme en rouge. Un silence plana un instant sur eux, alors qu’Aiden commençait à douter que cette dame ne soit une personne parfaitement normale. Elle brisa le silence, se présentant aux deux mortels ; Adalet, déesse de la Justice, Celle-Qui-Voit. Tout d’abord, le bûcheron n’en crut pas ses oreilles. Elle ne pouvait être ce qu’elle prétendait. Pourtant, à mesure qu’elle s’exprimait, le doute s’instillait dans son esprit. Après tout, elle connaissait son nom, semblait être au courant de son passé morbide et ressemblait comme deux gouttes d’eau à la description qu’il en avait entendu ; de rouge vêtue, aux yeux morts et affublée d’un visage aux sillons creusés par des larmes de sang. En réalité, la place n’était plus au doute, mais à la constatation. Pour la troisième fois de sa vie, le voilà à nouveau en présence d’une divinité. Et elle n’en était que plus terrifiante à moins de deux pas du chasseur.
 
Elle fit une révérence, et Aiden ne fit que rester figé comme une pierre. Ses excuses et ses demandes de pardon avaient mis du temps à être digérés, car l’homme avait également pris du temps pour se rendre compte de la déesse face à laquelle il se trouvait. Fawn lui avait serré la main plus fort, sans doute pour que son esprit ne reste pas bloqué sur Adalet. Il réfléchit un instant, puis, avec une petite voix, masculine mais à faible volume, il demanda gentiment à Celle-Qui-Voit :
 
« Êtes-vous celle qui m’a aidé à sortir ? »
 
La question était très importante pour Aiden. Il avait chaque jour prié les autres dieux du Panthéon de Vanalheim pour qu’ils aient pitié de lui et le sortent de cet enfer. Longtemps ils restèrent sourds à ses prières, mais le jour de sa sortie, le chasseur avait toujours cru que son salvateur ou sa salvatrice était l’un des divins d’Ydrasil. Et pour cause. Ses dernières supplications furent pour eux. Qu’elle puisse être la responsable de son affranchissement redonna un peu d’assurance au bûcheron, qui s’autorisa un mince sourire sur le visage.
 
« Quoi qu’il en soit… Je vous rends hommage, grande déesse. Je ne suis qu’un homme bien humble, mais je vous écoute. »
 
Il inclina la tête et mit une main sur son cœur. Ensuite, il jeta un petit regard à l’hybride. Elle avait l’air mal à l’aise face à la divine Adalet, ce qui, après tout, était parfaitement normal. Aiden lui caressa le dos de la main de son pouce, afin d’essayer de la rassurer à son tour. Les deux tourtereaux, au fil des jours passés ensemble, devenaient de plus en plus complices. Et face à une entité aussi puissante et intimidante que la déesse de la Justice, ils en avaient grandement besoin.

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Adalet
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Mer 22 Juil - 0:52

La question du chasseur surprit Adalet. Si elle était celle qui l'avait aidé à sortir... Elle se souvenait encore de cette époque. Elle se souvenait de chacun des suppliciés qui la priaient, nuit et jour. C'était là son fardeau.

Ce jour-là, les murmures ne chuchotaient presque que lui. Parmi toutes les victimes d'injustice dans les trois royaumes, ceux du Palais étaient ceux qui la priaient le plus. Et parmi eux, Aiden était celui qui y mettait le plus d'ardeur. Elle sentait qu'il ne la priait pas elle, personnellement; ses suppliques étaient adressées à tous les Dieux, à toute créature ayant le pouvoir de le sauver, le pouvoir d'arrêter sa souffrance. Mais elle l'avait entendu plus que les autres, parce-que c'était à elle que revenait le devoir de le sauver.

Les murmures avaient tellement chuchoté à son oreille ce jour-là qu'elle avait eu l'impression qu'ils hurlaient, toujours plus fort, prenant toute la place dans son esprit. Elle n'avait plus été capable de réfléchir à rien, elle avait ressenti une migraine violente. Elle en entendait d'autres, aussi, mais au-dessus du capharnaüm se détachait Aiden, encore et toujours. Toujours les mêmes pleurs, toujours les mêmes demandes... Et Adalet, sachant qu'elle ne pouvait s'aventurer en Tolväar sans en être gravement affaiblie, fit ce qu'elle put pour lui, de loin. Elle lui laissa sa chance.

- Je ne t'ai pas sauvé, enfant, tu t'es sauvé tout seul. Je n'ai fait que te donner l'occasion qu'il te manquait, mais c'était loin d'être suffisant pour assurer ton secours. Tu as parcouru un long chemin pour sortir de la souffrance, et tu le parcours encore aujourd'hui, incapable de reprendre une vie normale après ce que tu as subi. Et face à ce que je vais te demander, tu as tout droit de refuser... Ou même de me haïr.

La déesse prit une longue inspiration. Elle se sentait nauséeuse de ce qu'elle allait faire. Elle avait beau se forcer à le justifier, elle sentait que c'était contre sa nature, et elle le ressentait de plus en plus face aux deux âmes si belles qu'elle avait en face d'elle. Et pourtant... Pourtant, c'était le seul moyen.

- Aiden, le chemin que tu as parcouru a été semé d’embûches, mais tu as été fort, et aujourd'hui tu sembles avoir retrouvé le bonheur. Mais j'ai bien peur que ce que je vais te demander aujourd'hui ne puisse briser tout cela, tous tes efforts. Vois-tu, je ne peux m'aventurer en Tolväar, les injustices que j'y ressens m'affaibliraient à tel point que je serai aisément vaincue, et je ne peux prendre un tel risque, pas alors que ma présence est si nécessaire dans la guerre qui s'amorce. Mais il faut mettre un terme aux agissements de Nékèpech dans son palais de la Souffrance. Et tu es le seul au monde à connaître les lieux et à être encore en vie. C'est pourquoi j'ai besoin que tu y ailles à ma place.

Celle qui Voit sentit la tension qui régna dans l'air tandis que ses paroles flottait entre elle et le couple. Le monde entier semblait en suspens face à cette requête inédite, cette demande d'une déesse à un humain qui pouvait, s'il acceptait et s'il réussissait, changer tant de choses. S'il réussissait, Nékèpech serait furieux, mais aussi affaibli par la diminution soudaine de souffrance dans le monde. Si cet humain réussissait là où elle-même ne pouvait rien, l'issue même de la guerre pouvait s'en retrouver modifiée. Tant dépendait de lui... Et Adalet ne pouvait rien faire pour pousser sa décision. Parce-que s'il acceptait, il restait de grandes chances pour qu'il échoue.
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Fawn
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Mar 4 Aoû - 3:43

Vertige.

Fawn venait, en quelques secondes, de passer d'une adoration totale pour Adalet lorsqu'elle avait mentionné sa part prise dans l'évasion d'Aiden à une haine sans nom face à ce qu'elle lui avait demandé. La haine ne lui était pas familière. C'était un sentiment violent, très humain aussi. Fawn, dans sa vie, avait peu haï, c'était ainsi. Elle avait parfois détesté, puis pardonné. Elle avait aimé, ensuite, et désormais l'amour semblait prendre toute la place dans son esprit. Mais visiblement, l'amour rendait égoïste, puisqu'elle haïssait désormais par amour.

Elle savait pourtant que la requête de Celle-Qui-Voit était logique et incroyablement important pour ce monde. Elle savait qu'Aiden, plus que quiconque, avait les capacités de la remplir. Elle savait que sauver ces gens représentait tout ce qu'elle-même avait voulu faire depuis des années: aider ceux qui souffrent, non pas pour le royaume, même s'il prenait une grande place dans sa volonté, mais pour les individus. Faire une différence dans leur histoire et les aider à en faire une dans l'histoire de Vanalheim. Mais pour ce qu'elle infligeait à présent à celui qu'elle aimait, Fawn haïssait Adalet.

Elle avait envie de crier, de hurler, de frapper, de pleurer aussi. Une part de son esprit, une toute petite part, avait envie de devenir biche pour fuir ces émotions, redevenir instinct. Et une autre part, bien plus grande, bien plus puissante, avait envie d'y laisser libre court. Sur la plage, sa main crispée sur celle du chasseur, Fawn se sentait plus humaine que jamais.

Et soudain, tout fut bien plus clair dans son esprit. Tout se calma, comme si elle avait atteint l'oeil de l'ouragan qu'était son esprit. Et elle comprit quelque-chose.

- C'est injuste.

Ces mots s'échappèrent de sa bouche sans même qu'elle l'ait planifié, comme si elle se parlait à elle-même, faisant la conclusion logique de ses quelques secondes de réflexion. Ils brisèrent le silence qui s'était abattu sur la plage, elle ne savait au juste pendant combien de temps. Elle réalisa en même temps que sa haine déchirante n'avait pas franchi la barrière de ses pensées, que seule sa pression sur la main de son compagnon avait trahi ses sentiments, son visage restant impassible.

La haine, cependant, était passée, et elle ne se ressentait pas dans cette phrase. Elle ne l'avait pas dit comme une accusation, mais avec douceur, avec de la peine aussi. Car si Adalet elle-même faisait une demande si injuste, c'est que les choses allaient plus mal qu'elle ne le pensait... Et qu'Aiden pouvait changer le cours de l'histoire en sacrifiant son bonheur -et, potentiellement, sa vie- pour affaiblir Nékèpech.
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Aiden Tyback
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Ven 4 Sep - 12:34

Internal Death

La méfiance d’Aiden commença lorsqu’Adalet lui dit qu’il pourrait la haïr pour ce qu’elle allait lui demander. Une sorte d’appréhension s’emparait de lui, s’enchaînant tout d’abord à son pied, puis remontant ses jambes pour le saisir au cou. Si une déesse lui disait cela, de quoi pouvait-il bien s’agir ? La présence rassurante de Fawn lui permettait néanmoins de ne pas sombrer dans l’anxiété. La peur au ventre, il attendit que la Toute-Voyante lui présente sa demande. Serrant la main de son aimée, il s’humecta les lèvres, qui avaient eu le temps de devenir sèches. Qu’allait-elle dire ? Que pouvait donc lui vouloir cet être de perfection ? Les pires idées s’insinuaient déjà dans son esprit, comme la gangrène infectant une plaie déjà ouverte. Cette gangrène, ce pu immonde, le préparait cependant déjà à la fatale réponse qui s’échapperait de la bouche de Celle-Qui-Voit.
 
Le verdict tomba, comme la hache du bourreau. Son bourreau. Trois mots suffirent. Tolväar, Nékèpech, Palais. La Triade de l’horreur. Le cauchemar ultime d’Aiden, sa Némésis de toujours. Il lâcha machinalement la main de Fawn, qui s’était fait pressante sous le coup du stress. Ses yeux s’étaient écarquillés et il avait fait quelques pas en arrière. Une énorme boule s’était formée dans sa gorge, et ses jambes semblaient se dérober. A quoi bon tenir debout ? Il venait de mourir. Difficile de respirer lorsqu’on est mort. Il suffoquait. C’était comme se retrouver sous un éboulement, tous les membres paralysés par d’énormes rochers et pas un filet d’oxygène pour s’en sortir. La respiration lourde, les membres vacillant, il chancela un peu. Dans sa tête, les pires tortures se jouaient telle une pièce de théâtre, où il était à la fois acteur et spectateur. Des souvenirs douloureux. Des pensées horribles.
 
Plus rien n’existait autour de lui. C’était comme si le roulis des vagues, et la présence de Fawn et d’Adalet, avaient laissé place à une brume opaque et silencieuse. Un silence assourdissant. Un silence de mort, et de deuil. Une voix pourtant s’éleva de cet horrible enfer. ‘C’est injuste’. Tout était si bien résumé. Les mots qu’il n’avait su trouver par lui-même, tétanisé, replongé dans la période la plus sombre de son existence.
 
« Je… J’peux pas. »
 
Il tomba à genoux, plus emporté par ses muscles qui se dérobaient que par réel désespoir. Ses yeux bruns, fiévreux, restaient fixés sur Adalet, dont les yeux morts, quant à eux, ne regardaient pas grand-chose sous leur bandeau rouge. Au fond de lui, derrière la peur qui monopolisait son attention, une forme de colère naquit. Une colère noire, fruit de ses craintes et de ses souvenirs les plus honteux. Amer, son expression d’effroi se changea en un visage à la fois blessé et dur.
 
« Comment pouvez-vous oser me dire ça ? J’ai peut-être pas assez souffert, c’est ça ? J’ai pas donné assez d’années de ma vie dans cet endroit ignoble ?! A crever un peu plus chaque jour, à mutiler ma chair et mon esprit ! »
 
Une larme coulait le long de la joue d’Aiden. Une larme saline, mais si amère, oui, si amère…

_________________
"I can't escape this hell
So many times I've tried
But I'm still caged inside
Somebody get me through this nightmare
I can't control myself!"
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Adalet
Déesse de la Justice
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Mar 29 Sep - 21:33

Adalet prit une inspiration profonde. Elle s'attendait à une telle réaction de la part du chasseur. C'était une réaction normale, évidente... Juste. Et pourtant, elle avait placé tant d'espoir en lui, plus encore depuis qu'elle avait découvert la jeune hybride à ses côtés. Elle s'était dit que, peut-être, la guérisseuse saurait ranimer de l'espoir et du courage dans le coeur d'Aiden. Mais il était sans doute trop tôt. Ou alors, peut-être, les blessures étaient trop profondes pour que quiconque puisse le guérir de la noirceur...

Le voilà qui n'évolue plus seul. Le voilà qui se réveille chaque jour aux côtés d'un autre être, sur ceux d'un autre être il aligne chaque jour ses pas. Et pourtant, il restera à jamais brûlé par ses heures de torture, hanté par l'obscurité des murs solitaires de son cachot.

- Je comprends ta douleur, Aiden. Si ma naissance m'avait dotée d'yeux, ils pleureraient pour toi. Mais je suis née aveugle pour mieux voir les âmes que je dois juger. Ton âme, Aiden, est plus forte que tu ne le penses. Ce sont tes souvenirs qui te hantent et t'empêchent de t'en rendre compte. Je comprends ton refus et le respecte. Cependant je n'ai d'autre choix que de te demander d'y réfléchir encore.

Elle se tourna légèrement vers la guérisseuse.

- Oui, femme-biche, tu l'as compris, cette demande est injuste. S'il m'a été possible de la formuler, c'est simplement parce-que j'ai réussi à me convaincre partiellement que la justice qui ressortirait de la libération des prisonniers de Nékèpech contrebalancerait mon injustice envers Aiden. Cependant, cette logique ne m'épargne pas les maux de têtes que m'inflige ce geste que j'entreprends. Ces maux viennent encore s'ajouter à la faiblesse causée par les voix des âmes perdues du Tolväar. Je suis affaiblie, oui. Un affrontement direct avec un autre Dieu, tant que le Palais de la Souffrance tient encore, serait destructeur pour moi. Et c'est pourquoi il est si important que les prisonniers soient libérés.

Tandis qu'elle prononçait ces mots, Adalet sentait sa résolution se renforcer. Elle ne pouvait être d'aucune utilité dans la guerre tant que le Dieu de la Souffrance laissait libre cours à sa perversion. Tout reposait sur ces deux mortels. Quoi qu'il lui en coûte, il fallait qu'elle réussisse à les convaincre d'accepter.
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Fawn
Guérisseuse errante
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Mer 24 Fév - 21:05

The sharpest words in the world

Les mots d'Adalet sonnaient comme la vérité la plus absurde qui puisse être. Une injustice pour rendre le monde plus juste. Une faiblesse supplémentaire, infligée à soi-même, pour devenir plus fort. Un mal pour un bien, équation qui aurait dû être impossible pour la déesse de la justice. Ce n'était pas seulement la Déesse qui était affaiblie, c'était l'équilibre même du monde, l'essence de la magie. Et, dans tout ça, Aiden et son refus.

La guérisseuse savait ce qui lui restait à faire, ce qui lui restait à dire. Mais ces mots qui se formaient dans sa gorgent semblaient lourds et étouffants, et plus tranchants que des lames de rasoirs. Les mots les plus tranchants du monde. Comment les énoncer sans se couper ? Comment briser le coeur de l'homme qu'on aime sans briser son propre coeur au passage ? Une fois de plus, la biche monta en elle, menaçant de prendre le contrôle. Fuir, loin, devenir pur instinct, et tout oublier. Fawn sentit ses bras et sa nuque se couvrir de pelage, la transformation arriver...

Non. Elle ne pouvait pas. Elle n'en avait pas le droit. Elle devait à Aiden de lui expliquer son choix, et elle se devait à elle-même de ne plus fuir.

Il existait un moyen de combattre les mots les plus tranchants du monde, et elle savait exactement comment.

Lentement, elle laissa la transformation s'opérer. Un autre type de transformation. Le duvet qui couvrait certaines parties de son corps disparut le premier, comme absorbé par sa peau devenue parfaitement lisse. Ses cheveux, fous et sauvages, devinrent légèrement plus lisse, tandis que les bois qui en émergeaient rapetissaient peu à peu jusqu'à disparaître tout à fait. Ses oreilles, devenues chauves elles aussi, perdirent leur forme animale pour devenir deux petites oreilles humaines parfaitement proportionnées. Sa peau même s'éclaircit très lègerement, perdant la couleur fauve de son pelage de biche. En quelques secondes à peine, au prix d'un effort de concentration important, Fawn était devenue entièrement humaine. Une transformation qu'elle faisait très rarement, se l'interdisant presque. Un autre moyen de fuir ses sentiments.

La biche était pur instinct : peu de réflexion mais une grande sensibilité. L'hybride était le parfait équilibre : une réflexion teintée de spontanéité, des sentiments débordant parfois. L'humaine, elle, était l'opposé de la biche. Là où l'une était impulsion, l'autre était pensée mûrement réfléchie, considérée et reconsidérée. Là où l'une était émotion pure, l'autre était sérénité mêlée d'impassibilité. D'indifférence. Et là où l'une était toujours plus tentante, toujours prête à prendre le dessus, l'autre paraissait abjecte, factice. Mais pour dire les mots-rasoirs sans s'écorcher l'âme, l'humaine était la seule voix possible.

- J'irai.

Même pour l'humaine, ce simple mot était irritant, écorchant sa gorge fragile.

- Je suis désolée Aiden. Je sais que tu voudrais rester à mes côtés. Tu sais que moi aussi je le voudrais. Mais j'irai au front, j'irai aider à la libération des prisonniers, avec ou sans toi. Si j'ai commencé ce voyage qui m'a permis de te rencontrer, c'est pour venir en aide à ceux qui en avaient besoin. Le choix d'y aller ou non t'appartient, mon amour, et je ne chercherai jamais à l'influencer. Mais quoi que tu fasses, moi j'irai. Je suivrai Adalet jusqu'à la frontière du Tolväar. Et, même avec la plus infime des chances e réussite, je passerai la frontière, je continuerai jusqu'au palais du Dieu de la Souffrance et je ferai tout ce que je pourrai pour libérer les torturés. Même si cela signifie te perdre.

La fin de sa tirade sonna comme un glas aux oreilles de Fawn. Elle avait tellement plus à dire. Elle aurait aimé lui faire comprendre que le perdre lui serait comme perdre son point d'ancrage, le tout nouveau centre de son univers personnel. Lui expliquer que partir était la seule possibilité pour elle, que rester la ferait vivre dans un monde de regrets et de culpabilité. Lui assurer, enfin, qu'elle ne le jugeait pas, ne lui en voulait pas de son refus. Qu'elle comprenait à quel point c'était impossible pour lui d'accepter. Mais l'humaine n'était pas capable de formuler ces sentiments, ils lui paraissaient lointains, presque inexistants. Et quelque-part, au fond d'elle, une flèche tirée dans une autre vie atteint enfin sa cible. En plein coeur.
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Aiden Tyback
Réceptacle à souffrance
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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   Ven 26 Fév - 23:35

Justice, injustice… Bien commun, sacrifice… Tout se mélangeait dans la tête d’Aiden, que les fatales paroles d’Adalet avaient abasourdi. Rien n’était plus malsain que de s’imaginer à nouveau arpentant les couloirs, marchant vers une mort certaine. En ces lieux maudits et honnis de tous, il avait laissé sa sœur, son père, et ce qu’il appelait encore à l’époque ses amis. Une immense barrière interne empêchait Aiden de réfléchir, se cloîtrant dans sa forteresse d’effroi et de mépris. Il paniquait, et les mots que formaient son esprit ne passaient pas le seuil de sa gorge, s’évanouissant dans les limbes de son corps, le condamnant au mutisme. Ho, qu’il aurait préféré être ailleurs, dans sa cabane, accompagné de Vigile et de…
 
Fawn. Il la vit tout à coup. A travers le voile obscur qui s’était matérialisé devant ses yeux, il contempla la transformation singulière de celle qu’il aimait. Ses cornes rentraient dans son crâne, ses cheveux et sa peau changeaient. Même ses oreilles de biche rétrécissaient. Naguère sauvage hybride, Fawn se présentait désormais sous son apparence humaine, avec un air plus sérieux, peut-être même plus froid. Avec ses yeux embués, Aiden contempla le résultat final. Elle était presque similaire à l’hybride. Et pourtant, il savait qu’il y avait une énorme différence entre les deux formes, les deux tempéraments de cet être merveilleux.
 
Les mots qui sortirent de sa bouche, pourtant, n’étaient pas merveilleux. Ils étaient plus coupants que des bouts de verres, plus durs que la roche au sein des volcans. Fawn voulait y aller. Elle était prête à se rendre au sein du Palais de l’Agonie, afin de sauver d’innombrables âmes innocentes. Une partie d’Aiden était terrifiée par cette idée, la possibilité de perdre son jeune amour, le risque qu’elle reste prisonnière, captive du terrible Nékèpech. Une autre part du chasseur, cependant, était impressionnée. Il admirait le courage dont faisait preuve à l’instant sa dulcinée, qui montrait sa résolution avec force et dignité. Dure, glaçante, elle lui avait fait comprendre qu’elle se rendrait au Tolväar, avec ou sans lui. Elle accomplirait ce qu’elle pensait être juste.
 
Le désespoir né en Aiden avait laissé sa place à une fiévreuse réflexion. Là où, avant, la peur gouvernait l’empire de son esprit, des questions se bousculaient, comme une masse grouillante dans sa tête. Face à son silence, à son mutisme, il essayait de lutter. Le monologue de Fawn lui avait insufflé un peu de courage, qui tentait de grandir, comme une armée partant à l’assaut d’un pays sous le joug du mal. La peur qui l’avait gagné flanchait, mais elle était encore vivace. Il lui faudrait du temps pour s’en débarrasser. Beaucoup de temps. Néanmoins, ses membres n’étaient plus paralysés, et ses yeux voyaient un peu plus clair à présent. Il se releva, s’appuyant sur ses genoux. Ses yeux bruns étaient d’abord passés sur Fawn, cherchant dans son regard une nouvelle bouffée de courage. Il finit cependant la course de ses yeux sur la silhouette grande et longiligne d’Adalet. Laconiquement, il prononça ces mots d’une voix enrouée :
 
« Vous avez gagné, Adalet. »
 
Ses globes rougis clignèrent quelques fois, avant de se poser à nouveau sur l’hybride pour laquelle son cœur avait chaviré. Son timbre se fit alors hésitant, mais ce n’était que pur instinct, alors que c’était le courage qu’il s’était soudainement trouvé qui animait ses mots.
 
« Là où tu iras, j’irai. Je ne saurais me passer de toi. »
 
Dans son for intérieur, des cris d’alerte lui hurlaient qu’il le regretterait. Peut-être avaient-elles raison. En fait, elles avaient sûrement raison. Quelque chose en lui tentait de le retenir de ses griffes, comme s’il tentait de sauter d’un ravin, mais que quelque chose l’en empêchait.
 
Néanmoins, le voilà qu’il décidait presque de sauter à pleins pieds.
 
Une autre l’attendait au fond du précipice…

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MessageSujet: Re: Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]   

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Les jours heureux ne durent jamais [Aiden, Fawn, Adalet]

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