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 Question de priorité.

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Saphomoth
Maître du Tolväar
Dieu de la Putréfaction
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Date d'inscription : 07/03/2014
Royaume : Tolväar

MessageSujet: Question de priorité.   Lun 7 Avr - 22:48

Les Bosquets du Malheur portaient mal leur nom. Mais que pouvais-je y changer après tout ? Ce n'était pas moi qui avait fait le choix de ce nom sordide dénué de sens. Seulement le choix de ces mortels avares en subtilité. Le seul endroit où la grande majorité d'entre eux n'avait pas posé sa patte était aux environs de la pinède défrichée de l'ouest du Tolväar, où poussaient les antres de mes chers fugolls. Ces bestioles caquetantes et cliquetantes étaient un régal à l'oeil nu. D'un point de vue céleste, leurs résidences grouillaient et s'animaient telles de gigantesques fourmilières dans un rythme chaotique et pourtant bien organisé. Et l'influence des fugolls devenait telle qu'ils avaient réussi à s'ancrer du Silraen après avoir fait connaître leur réputation auprès de ces hybrides décérébrés et trop passifs. Et c'était tout particulièrement vers mes parasites favoris dans la terre primale que je portais mon attention.

Avec un Meruwan flasque et paresseux, réfugié par-delà les plaines du Silraen à l'insu des vanalhi, aussi soucieux de son peuple que l'était un chat endormi, je ne redoutais rien. Ou presque. Il restait encore ce Tumulghor vicieux mais il avait compris depuis longtemps sa leçon. De plus, les silraeni le vénéraient encore décidément trop pour qu'il ait vent de l'invasion fugoll. L'infiltration de mes créations en Silraen n'était que le premier pas. La conquête ne viendrait que bien plus tard, lorsque la menace ne se fera pas que dans les raids mais aussi dans l'esprit de ces mortels ou immortels. Quand ils auront vraiment peur, là, je pourrais considérer avoir gagner.

 «  A quoi songez-vous, Maître ? », susurra l'obséquieux Oclingoth, tout suave qu'il était.

Je fus tiré de mes réflexions comme d'un long sommeil, ma conscience effarouchée par ce subit changement d'état.

« Hum. A pas grand-chose en réalité. Je ruminais, comme d'habitude.

-Le Maître n'a pas à ruminer alors que tout lui réussit. », répondit l'autre en se glissant derrière mon cou d'un mouvement spectral et cajoleur.

« Oh je sais, Oclingoth. Je ne rumine pas dans ce sens.» D'un geste de la main, je fis apparaître l'Atlas brillant du Vanalheim et appuya le doigt sur une zone d'un vert dominant. Le voile ténu plongea en perspective sur le terrain ventru d'une colline sillonnée par des ravines, comme un monstre qui aurait éventré une mère enceinte.

 « Il fait nuit en Vanalheim », fis remarquer Oclingoth avec une évidence que j'ignorai royalement afin de ne pas perdre de temps sur ses réflexions passablement oisives.

« Ces fugolls-là. C'est le premier nid à s'y être implanté. Plus de mille individus en une seule zone. » Un rire narquois franchit mes lèvres. « Les animaux évitent de très loin cet endroit et il est curieux que les rares habitants du coin se demandent pourquoi. Ils prient sans cesse ces incapables du Sanctuaire Sacré pour avoir une bonne chasse, mais rien n'y fait. Ne trouves-tu pas que les fugolls deviennent de plus en plus efficaces ?

- Ils sont très forts. » admit Oclingoth d'un ton mielleux.

« Mais pas assez. », répliquai-je aussitôt.

Le serpent spectral se tut et contempla ma concentration sur la vision étiolée d'une terraformation dans le sol où se glissaient des petites grappes de fugolls affairés. Ils retournaient tous à l'intérieur pour préparer un long sommeil. Je fis craquer ma nuque d'un mouvement sec du cou. Et aussitôt, j'assaillis les premiers sbires endormis de pensées diverses.

Le plus dur était d'écarter les souvenirs et les propos qu'ils s'étaient échangés durant la journée que leur cerveau étriqué serait tenté d'analyser pendant son inactivité croissante. Il ne fallait pas laisser de place à un subconscient trop envahissant et par chance, le leur était plutôt trivial. L'un d'eux se laissa particulièrement ouvert à ma conscience et je lui montrai des promesses de gloire, de triomphe, de sang et de conquête. Tout devait disparaître dans le feu et le fer. Ils devaient tout dévorer, tout arracher, tout détruire. Leur seule force serait de rester ensemble et les pauvres et insipides individus qui se trouvaient près de chez eux ne verront pas tomber mon courroux. Les cris et la chair tuméfiée embaumeront l'air et le ciel prendrait la teinte d'un cramoisi livide. Bientôt, ces images se diffusèrent d'un esprit à un autre comme une connexion complexe entre neurones. Ils remuèrent dans leur sommeil, subjugués par des batailles fantasmagoriques où ils étaient invincibles.

Je leur donnai ce qu'ils voulaient voir. C'était tout ce qui comptait. Ainsi, à l'éveil, ils seront pris d'une exaltation si euphorisante qu'ils prendront aussitôt leurs armes pour aller rayer le village le plus proche de la carte.

Dormez bien, mes agneaux, car la réalité vous offrira beaucoup mieux encore.
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Vheïrom
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MessageSujet: Re: Question de priorité.   Mar 8 Avr - 3:36

Dans le nid, les corps enchevêtrés de ses frères se soulevaient comme une seule entité sous l’effet d’une respiration profonde. Vheïrom avait ouvert l’œil depuis un moment déjà et contemplait, tapis dans l’ombre d’une corniche, le peloton d’endormis s’agiter par intermittence de quelques rêves venant troubler sa quiétude. Une curieuse fébrilité courait dans les souterrains malgré que l’activité ne fût pas d’intensité prépondérante au sein de la communauté. Notre Fugoll s’évapora brusquement dans les tunnels étroits, laissant les dormeurs à leurs chimères.

Au dehors, la chaleur fétide de ses comparses entassés laissait place à la fraîcheur de la nuit. Les prairies de Silraen regorgeaient d’odeurs douces, de relents parfumés de fleurs et d’herbe humide, des fumets peu communs et incommodants pour Vheïrom dont le nez fin s’était habitué à flairer des arômes plus aigres en Terres Tolväar. Le Vil s’enfonça seul dans les boisés, ceux qui bigarraient les plaines à la manière de spores sur un sol de mousse. De temps à autre, il levait la tête vers la voûte accaparée de plus d’étoiles qu’il n’en faut à nommer, donnant l’impression de vouloir décrypter quelque chose alors qu’en fait son esprit errait sans but précis.

Un bruit.

Vheïrom se figea comme une statue de pierre, ses longs doigts crochus suspendus en l’air comme s’ils s’apprêtaient à cueillir délicatement un fruit invisible et trop mûr. Même en faisait son indépendant, il n’était jamais seul dans les environs du nid. Le secteur grouillait de ses semblables tous aussi discrets que lui, à son grand damne. La silhouette d’un frère plus trapu se détacha de sa cachette et roucoula, sur un ton accusateur.

- On chasse en solitaire ?

Vheïrom se contenta d’un unique sourire goguenard en guise de réponse alors que l’autre s’approchait en reniflant. L’emmerdeur inspecta les alentours, retourna la terre en y plantant ses griffes, glissa un regard gauche à son aîné. Visiblement, il se sentait d’humeur susceptible.

- Qu’est-ce que tu manigances encore, Vheïrom ? Toujours là à fureter sans rien nous dire…

Notre protagoniste, sans se départir de son rictus des plus horribles, pencha légèrement la tête sur le côté en fixant le nouveau venu qui l’observait comme s’il se croyait une longueur d’avance sur son frère.  Mais comme il savait pertinemment que ce n’était pas le cas et qu’il n’était pas non plus assez sot pour s’attendre à une réponse de sa part, il ne tarda pas à continuer son monologue insignifiant.

- Les hommes chasses la bête, les Fugolls chasse la bête, et maintenant, il n’y a presque plus aucune bête à se mettre sous la dent. Voilà une semaine que je mange des rongeurs maigrichons et de petits oiseaux qui ont plus d’os et de plumes qu’ils n’ont de viande. J’ai faim

Cette dernière attestation, dite sur un timbre pervers, fut aussi révélatrice que sur la façon dont son frère le regarda par la suite. Il s’était rapproché et bien que plus jeune Vheïrom d’une vingtaine d’années, il le dépassait d’une bonne tête et était aussi baraqué que la physionomie de leur race pouvait le permettre. Le Vil ne doutât pas un instant que son cadet vienne à bout de le croquer s’il était glouton et aussi motivé qu’il en avait l’air. Alors il bougea enfin, étonnamment fluide, pour tourner autour de plus jeune en frôlant sa fourrure

- Pas plus de viande que d’os, qu’il répéta tout caressant en parlant de sa propre personne, mais il y a des bêtes plus grasses non loin.

Les pupilles du cadet suivirent ses mouvements avec un intérêt accru, et il se lécha les babines à la manière d’un fauve anticipant sa prise. Vheïrom leva de nouveau un de ses longs doigts tordus, pointant en direction d’un hameau invisible à l’horizon mais qu’on devinait dissimulé derrière un tertre verdoyant. L’autre Fugoll huma l’air dans la direction montrée, convaincu mais indécis. L’étrange fébrilité ressenti plus tôt semblait s’être extirpé des couloirs sous-terrain et avoir rampé, insidieuse, jusqu’à leur duo.
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Saphomoth
Maître du Tolväar
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MessageSujet: Re: Question de priorité.   Mar 8 Avr - 21:19

Mon conseiller flottait vaguement dans l'espace de la pièce comme une écharpe portée au gré des vents. Tout comme moi, patiemment, il regardait l'évolution de la nuit. Les fugolls s'agitaient encore et encore, telle une masse uniforme vivante. Certains s'étaient levés et erraient dans les couloirs, pantois, les yeux torves, le pas traînant. Il s'agissait là des effets secondaires de ma poigne sur leur conscience. Ils n'étaient pas tout à fait réveillés et il leur semblait encore déambuler dans leur rêve alors qu'ils se trouvaient bien leur nid. Chose réconfortante, ils ne s'en prenaient pas aux uns et aux autres pour s'entre-dévorer.

L'Engeance survola ma tête dans un feulement discret.

« Quand vont-ils attaquer ? » questionna-t-il d'un ton las.

« Un peu de patience, Oclingoth, ils sont plus d'un millier à devoir s'éveiller.

- Et du côté de ce village ? » s'enquit mon conseiller.

« Toujours endormis. »

Oclingoth émit un raclement de gorge sceptique. « Si je peux me permettre une question : les fugolls vont bien attaquer de nuit ? [/color]

-Evidemment. Et quand bien même, ils sont seulement deux centaines dans ce village, le massacre va être total... » J'esquissai un sourire narquois, joie virtuelle que partagea l'Engeance avec un ricanement tordu.

Je fis coulisser le panorama de l'atlas magique jusqu'à obtenir une vision d'ensemble du village où toutes les torches étaient éteintes. Plongé dans le pénombre, il ressemblait déjà un cimetière où les stèles étaient faites de chaume, et de bois, agencées de façon à contourner le pied de la colline.

[i]«  Je me permettais juste de douter si jamais Meruwan décidait de se lever plus tôt... »


Je m'esclaffai franchement. « Le jour où il sortira de son trou, ce sera pour que je l'y réexpédie moi-même. »

Le nid de fugolls s'était alors tout entier mis en branle. Se doutaient-ils que la Divinité la plus crainte de toutes leur avait insufflé cette toute nouvelle initiative. J'entendais presque le grondement de leurs estomacs. Je fis centrer la bulle magique sur l'antre jasant de piaillements et de cris rauques. Les Sous-Fifres lançaient déjà leurs ordres à leurs régiments. Mais en revenant sur leur emplacement, j'aperçus un mouvement à l'ouest de la colline. Sous la lueur pâle de la lune, une troupe d'hybrides se détachait de la plaine sous une colonne de casques argentés bondissant sur leurs montures.

Mon poing s'écrasa sur l'accoudoir du Trône en le brisant. Je me dressai et m'approchai de l'atlas.

« Comment... »

Le rire d'Oclingoth m'incita à le tuer sur place. Chose que j'aurai pu faire mille fois si ce couard n'était plus qu'un spectre altéré. «Ne descendez pas, Maître, ça serait beaucoup moins amusant pour vos sbires. 

« Je tuerais celui qui les a alerté. Foutus mortels! » Mon cri de frustration fit vibrer les murailles de la Citadelle.

«Pourquoi cet affolement, Maître ? N'avez-vous pas confiance en votre progéniture ? » gloussa Oclingoth tout en complaisance.

L'équipe de cavaliers aurait pu se diriger dans n'importe quelle direction dans cette pénombre mais ils semblaient précisément savoir où se rendre. Une nouvelle révélation s'imposa à moi. S'il n'y avait plus aucune activité autour de cette tanière, c'était pour permettre à une armée d'y engager une bataille sans subir de dommages collatéraux, et ces importuns étaient en quelque sorte les éclaireurs.

« Ils vont les voir.

-Très probablement. 

- Il me faut leur faire parvenir un signe. » , fis-je en tendant le doigt vers la bulle luminescente.

« Ce petit fugoll isolé fera très bien l'affaire pour faire passer le message aux autres. Ce n'est qu'une question de secondes avant qu'il ne perçoive l'odeur des mortels. », constata Oclingoth avec sagesse.

Il n'était pas tout seul en réalité, il était avec un fugoll sensiblement plus grand que lui, mais il était particulièrement attentif à ce qui se tramait dans l'air. Je me rassis en soupirant, avec toutefois un soupçon de méfiance qui me laissait en alerte. « Sache que je ferai ce qui est nécessaire si cet avant-poste fugoll est mis à mal, Oclingoth, tu ne m'en dissuaderas pas. 

-Bien entendu, Votre Excellence Démoniaque. »
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Vheïrom
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MessageSujet: Re: Question de priorité.   Jeu 10 Avr - 2:54

Une odeur familière, portée par la brise, fit tressaillir le cadet dont le nez était toujours levé en l’air. Il eut un mouvement de recul devant une menace imminente car si les hommes n’étaient pas les principaux ennemis des Fugolls, ils l’étaient toute fois pour un Fugoll seul. Vheïrom huma à son tour les vents de l’Ouest mais, loin d’éprouver la crainte de son frère, se fendit le visage d’un rictus hideux. Les hybrides avaient une senteur bien à eux mais chose certaine, ils avaient le sang chaud et cela les rendaient aussi intéressants en rôle de dîner que leurs comparses mortels ordinaires.

- Des cavaliers, ronronna Vheïrom sur un ton rauque en se tournant vers le plus jeune

Ce dernier approuva d’un léger signe de tête, le corps de biais, déjà prêt à fuir ventre à terre pour se réfugier au cœur du nid. Voyant qu’il n’avait pas compris sa subtilité, le Vil répéta plus lentement, sans se départir de son sourire, si on pouvait appeler sa grimace ainsi.

- Des chevaux…

Le jeune dressa les oreilles. Oui, les chevaux étaient d’une saveur exquise et cette promesse de viande savoureuse fit momentanément oublier au Fugoll le problème secondaire des hommes. Dans un ricanement excité, il disparut dans les broussailles à toute vitesse pour prévenir le reste de la bande. Un bon steak avait toujours été un excellent motif pour motiver les troupes. De nouveau laissé à lui-même, Vheïrom s’aventura à l’orée du boisée afin de scruter la plaine de ses yeux glauques.

Des ombres se détachaient contre l’horizon, moins d’une dizaine, une plaisanterie. Quel genre de groupe chevauchait à cette heure avec si peu d’effectifs… des chasseurs désespérés, des égarés, des mercenaires évitant les grandes routes ? Il allait bientôt savoir. Pour satisfaire sa propre curiosité, le Fugoll s’élança sur l’étendue découverte, imprudent mais pas sans savoir qu’une centaine, si ce n’est plus, de ses pairs le couvriraient d’ici quelques secondes. Rapide et silencieux, il soulevait la rosée à chaque foulée tout en ressentant les vibrations de celles des montures venant à sa rencontre.

- Qui va là ! beugla l’un des hommes dont la jument venait de s’affoler en flairant un indésirable

La cohorte s’arrêta, l’air ridiculement vulnérable au centre de l’immensité de la plaine que la noirceur engloutissait. Vheïrom les imita, une cinquantaine de mètres à leur droite. Armes, armures et plastrons. Ils n’étaient ni chasseurs, ni perdus, ni renégats. L’homme à la tête de la colonne brandit sa torche à la ronde et dévoila la position du Fugoll les narguant depuis quelques secondes déjà dans une immobilité totale.

- Il y en à un, juste là ! Poursuivez-le !
- Ces saloperies ne se déplacent jamais seule, c’est de se jeter dans la gueule du loup que de se lancer à sa poursuite sans savoir où se cachent les autres, s’objecta brusquement l’un des hybrides en raccourcissant les rênes de sa monture agité

Vheïrom, stationnaire sous les rayons de lunes qui nimbait sa carcasse décharnée, le faisant paraître encore plus cadavérique, analysait l’attroupement dans un calme étonnant. Il faisait tâche dans l’espace démesurée de la plaine et on aurait presque pu croire à une mauvaise blague d’une divinité l’ayant posé là, seul, au beau milieu de nulle part, afin de ridiculiser ce groupe de soldats incapable de se décider à l’attaquer. L’un d’eux, n’entendant visiblement pas à débattre plus longtemps sur la question, tira une flèche de son carquois et tendis son arc vers Vheïrom.

- Nul besoin de poursuivre quoi que ce soit, je vais lui transpercer la gorge, fanfaronna-t-il en tendant la corde, puis, en s’adressant directement à sa cible, Ne te décides pas à bouger maintenant sale rat, je ne te manquerai pas !
- Sale rat, répéta gravement Vheïrom en penchant la tête sur le côté, le regard fixe

L’archer, qui ne s’attendait manifestement pas à ce qu’une quelconque parole sorte de la bouche édentée du Fugoll, eut une seconde d’hésitation. À l’instant, un long hurlement sinistre s’éleva du boisée. Les chevaux, déjà incommodés par la présence de l’unique bête, s’effarouchèrent en piaffements impatients et en petits hennissements aigus. Sans attendre son reste, Vheïrom fila en sens inverse rejoindre le couvert des arbres. L’archer lâcha un juron, provoquant chez le Vil une énième déformation de son visage en une lippe amusée. Ce fut encore plus jubilant lorsque, insulté, le cavalier lança sa monture pour le rattraper. Dans un concert de protestations, le groupe, déjà dérisoire, se divisa.

Comme il s’engouffrait dans le sous-bois, talonné de trois insouciants, Vheïrom poussa un gloussement de pure réjouissance. Ces idiots se jetaient plus que dans une simple gueule de loup et le Fugoll expérimenté était on ne peut plus honoré de leur servir de guide vers leur mort imminente.
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Saphomoth
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MessageSujet: Re: Question de priorité.   Dim 13 Avr - 17:02

« Ils sont très proches de l'avant-poste. » , fit remarquer Oclingoth en allant se poser non loin du Trône sur un promontoire en marbre.

J'écartai les gravats de mon accoudoir en grognant. « Tu vois comme moi qu'ils sont déjà prêts. »

« Ce petit fugoll est intéressant. »

Mon regard était déjà rivé sur la bestiole isolée qui se frayait un chemin dans l'obscurité réduite pour s'approcher du groupe d'éclaireurs. Les dents serrées, je le vis s'introduire directement dans la zone de sécurité des cavaliers. Il eut été évident qu'il se retrouva très vite dans leur champ de vision. Les flammes de la torche révélèrent sa silhouette singulière. Les hybrides paniquèrent. La simple présence de l'une de mes créatures les laissaient supposer qu'un attroupement plus important de fugolls se trouvaient non loin. A huit contre un millier, ils n'auraient aucune chance. L'un d'eux banda son arc en direction de la créature en la provoquant, ce à quoi mon cher sbire répondit de la même façon, tous les deux alors interloqués de pouvoir s'adresser la parole.

Il poursuivit alors le fugoll solitaire en s'imaginant pouvoir l'attraper avant qu'il n'avertisse ses congénères. Le groupe de reconnaissance se partagea sous la panique d'un cri désincarné venant des alentours.

Là, une vague de créatures pépiantes se jeta sur le premier cheval et l'engloutit dans une masse informe de griffes et de pointes. Le cavalier poussa des hurlements de terreur, sa chair arrachée avec son armure. Les coups de crocs eurent raison de lui et il se tut alors que la carcasse sanguinolente du cheval apparaissait sous les rayons froids de la lune.

« FUGOOOOLLS ! » rugit l'éclaireur à l'arc avant de faire tourner bride à sa monture, abandonnant sa poursuite.

Son alerte disparut dans le néant. Ses camarades furent submergés par l'attaque de flanc. Le chef de bataillon crut bon de s'éloigner en agitant vigoureusement ses rênes, mais la terre se creva de centaines de têtes issues de ses cauchemars qui fouettèrent les pattes de son cheval. Monture et cavalier roulèrent à terre, disparaissant aussitôt avec force cris d'horreur et hennissements. Cependant, le gant de l'hybride décharné émergea du monticule grouillant et propulsa en l'air un rayon rouge lumineux.

« Dommaaaage. », chantonna mon conseiller spectral.

Je fulminai sur mon siège. Il s'en fallait de peu pour que je n'intervint moi-même. Mais je privilégiai le calme et la réflexion en joignant mes mains devant ma bouche.

«  « Puisqu'ils les ont trouvé, je pense qu'un comité d'accueil serait la moindre des courtoisies. »

J'inspirai et me concentrai à nouveau, les yeux clos. À tous les fugolls qui jaillissaient des entrailles de la terre par tous les chemins possibles, je leur insufflai de nouvelles décisions, de nouvelles probabilités. Leur but serait toujours le village, ils s'y rueraient en masse et avec cette idée, je leur communiquai l'idée de cachettes plus nombreuses que s'ils s'étaient trouvés sur cette colline. En les voyant s'approcher, les mortels présents déserteront leurs maisons en quelques instants. Qu'ils tuent autant qu'ils veulent, tant qu'il leur reste assez de place pour s'y battre et pouvoir assaillir les ennemis de tous les côtés. Les étages, les puits, les greniers, les canaux, tout était propice pour étouffer l'attaque adverse.
«  Très bonne idée, Saphomoth. Avec ceci, ils remporteront plus facilement la bataille. 

-Et le temps qu'ils lèvent le camp pour attaquer, nos chers amis auront déjà disparu dans les limbes du crépuscule, laissant ces ignorants pantois.

-Et ainsi, créer un effet de surprise extraordinaire comme avec les éclaireurs.

-Avec en prime leur intellect foisonnant. Ou plutôt... » Je tournai un œil vers le fugoll déjà remarqué par sa prouesse de fourberie. « son intellect. »

Vers le nord-ouest, à quelques milles, par-delà plusieurs talus et collines, après une rivière franchie par un pont de pierres, un camp de soldats faisait cliqueter ses armes et agiter les chevaux. Signalés par le trait de lumière rouge dans le ciel, ils ne perdirent pas de temps pour se mettre en route, quitte à laisser quelques retardataires derrière eux, à laisser les feux de camp allumés.

Au sud-est, les fugolls fondaient sur le village, une lueur féroce dans leurs yeux.

« Je te parie un mois de silence que mes fugolls vont gagner, Oclingoth. » La stupeur interloquée de l'Engeance me fit sourire.

« Je t'agace tant que ça ? », demanda-t-il, l'air de ne pas y croire.

« Oui. »
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Vheïrom
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MessageSujet: Re: Question de priorité.   Lun 14 Avr - 3:29

HRP:
 

Vheïrom se fondit dans la masse grouillante de ses semblables, simple goutte d’eau dans la marrée agitée de Fugolls. Comme un ressac, ces derniers engloutirent le cavalier et sa monture ayant eu le malheur de franchir l’orée du bois. Avant même de pouvoir sentir l’odeur des corps ouverts, le Vil entendit les hurlements horrifiés du pauvre se faisant littéralement dévorer vivant. Quant à la monture tentant de se relever, elle fut noyée sous une quinzaine d’affamés. S’en était finit d’elle et lorsqu’une gueule se referma sur sa gorge, son hennissement se muta en un dernier borborygme agonisant. En retrait, Vheïrom contempla avec une stupeur admiratrice la meurtrière efficacité du nombre. Au cœur du nid, il était invincible, ou presque. Cette idée, mainte fois ressassée, lui conférait à chaque fois une satisfaisante illusion de pouvoir.

Dans le ciel jaillit soudain un faisceau de lumière rougeoyante et ses frères, occupés à japper comme des hyènes pour se disputer leur pitance, cessèrent brusquement toute activité pour regarder, médusés, le signal se détachant dans l’obscurité. Le temps se retrouva suspendu et silencieux. Alors une pensée collective germa dans leurs têtes comme s’ils avaient été les petits neurones interconnectés d’un immense cerveau. Ce fut rapide et instinctif et sans qu’aucun ordre ne fût prononcé, le nid migra de lui-même vers l’Ouest, vers le village convoité.

Sous ses pattes, Vheïrom discernait l’imperceptible tremblement de la terre, le fourmillement des retardataires se pressant de quitter la sécurité des souterrains pour participer à un massacre imminent. Le Vil leva de nouveau les yeux en direction des étoiles. Il avait toujours suivit la marrée de sensations inexplicables qui guidait le clan, l’intuition commune qui les soudaient tous comme les doigts d’une main. Mais parfois, il se demandait s’il n’y avait pas quelque chose de plus grand qui influençait cet instinct de groupe. Quelque
chose qui tirait les ficelles de l’immense pantin articulé qu’était leur formation.

- Tu rêvasses ?

Un frère le bouscula et, sans attendre sa réponse, continua son chemin en gloussant. Vheïrom retroussa machinalement les babines pour lui montrer ses crocs bien qu’il fut déjà loin. Sur la plaine, des centaines de Fugolls battaient l’herbe folle comme des ombres silencieuses. Le Vil pressentait plus qu’il ne sentait qu’ils étaient suivi par plus nombreux que le précédent groupe de cavaliers imprudents. Mais leur longueur d’avance n’était pas négligeable et cela l’amusa.

Le hameau endormit se dressa bientôt devant eux, ridiculement sans défense. Du haut d’une plateforme, le garde regarda la vague noire et grouillante s’avancer, les yeux ronds, incertain de ce qu’il voyait. Étais-ce un rêve ? À peine avait-il commencé à sonner la cloche qu’une dizaine de Fugolls escaladaient le tour de bois à la façon d’araignées fondant sur un insecte. Le cri du garde fut le premier à raisonner dans la nuit, annonçant les prémices d’une longue mélodie. Un réel concert de hurlements s’éleva du village lorsque la horde noircit les ruelles.

Vheïrom s’engouffra dans une cabane au hasard. Le calme y régnant à l’intérieur contrastait drôlement avec l’agitation au dehors. Il déplaça sa carcasse sur les lattes grinçantes, inspecta les restes d’un repas froid laissé sur la table de la minuscule cuisine. Les bruits de la boucherie lui parvenaient comme un bourdonnement étouffé au travers des murs de pierres compacts. Lentement, il gravit les escaliers du grenier, poussa la trappe. Mais quelque chose la bloquait. Il gronda. Dommage, il aurait aimé se percher sur un toit pour observer les rues se colorer de pourpre. Il allait renoncer quand le bruit d’un sanglot fit frémir une de ses oreilles. Alors il fixa la trappe avec insistance et attendit.

- Papa, c’est toi ? s’enquit finalement la voix chevrotante d’un enfant

Une vague de chaleur submergea Vheïrom qui ravala un long frisson d’excitation. Son esprit de prédation en était l’unique responsable quoi qu’il n’ait pas l’envie spéciale de déchiqueter quoi que ce soit.

- Non, répliqua-t-il simplement en collant ses dents contre le bois de la trappe
- Vous êtes qui ?
- Un ami.

La gamine sembla hésiter un long instant, les cris horrifiés fusant dans les rues ayant sois pour effet de la dissuader d’ouvrir, sois de l’encourager à retrouver la présence protectrice d’un pair. Le Fugoll entendit l’enfant se déplacer au-dessus de sa tête, renifler plusieurs fois et s’immobiliser de nouveau, proche, tout proche.

- VHEÏROM !

L’interpellé tressauta sur le haut de l’échelle, se retournant du même coup vers la porte d’entrée laissé entre-ouverte. Un haut gradé en remplissait tout l’encadrement, haletant et toute la fourrure du poitrail humide de sang frais. Dans l’obscurité, ses yeux minuscules et brillants lui donnaient l’air de cinglé. Il s’avança en reniflant, le reluqua avec scepticisme. Tout le monde se méfiait de Vheïrom.

- Tu joues à cache-cache? demanda son supérieur en s’approchant plus près
- Toujours, ronronna l’autre, sardonique

Son frère lui empoigna brusquement la jambe et le tira de son perchoir pour le plaquer au sol. Il lui écrasa la poitrine en y posant sa patte et lui enserra le cou d’une main, imitant son sourire moqueur. Les Fugolls susceptibles avaient toujours été les plus amusants mais aussi les plus dangereux. Dans une fâcheuse position, le Vil se contenta de susurrer son baratin habituel.

- Loin de moi l’idée de vous offensez… les hybrides viennent, ne ferions-nous pas mieux de nous tapir? Les surprises, j’adore les surprises.
- Les rues sont jonchées de cadavres et tu parles de surprise.
- Si j’étais un hybride, je serais très surpris…

Son comparse cligna plusieurs fois des paupières. Le coin de sa bouche frémit. Puis, un sourire sadique tira ses traits immondes. Vheïrom finissait toujours par les prendre par les sentiments. Tout minaudant, il rajouta qu’une autre surprise se cachait au grenier.

Il avait déjà quitté la petite maison, froidement indifférent, quand les cris de la gamine l’emplirent et il se remit à la recherche d’un perchoir.
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Question de priorité.

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